13 juin 2017

L’éducation sexuelle, nouvelle opportunité de suprématisme hétéro et de culture du viol ?

« La femme aime le sexe. Constat incongru pour les uns, sidérant pour les autres. » ~ Henri Barte

Bonjour ! Aujourd’hui nous allons parler des cours d’éducation sexuelle !

Que nous soyons suffisamment jeunes pour en avoir eu nous-même ou âgés pour que nos (petits-)enfants en suivent aujourd’hui, nous sommes de plus en plus familiers avec ce que l’on appelle « cours d’éducation sexuelle ».

Mais pourquoi avions-nous décidé de les mettre en place ?

Des cours d’éducation sexuelle pour briser les tabous.

Tout d’abord, on voulait mettre un terme à ce qui reste un fléau au XXIe siècle : le sexe comme tabou.

« Le sexe n’est sale que quand on ne se lave pas. » ~ Madona

Croyances (religieuses, morales ou philosophiques), simple manque de communication au cœur de la famille ou gêne à l’idée d’en parler à un proche : communiquer autour de la sexualité, à la maison, n’est pas chose facile.
D’autant plus difficile, même, que parfois nos parents, proches ou amis n’avaient pas plus réponses à nos questions que nous-même.

Plutôt, donc, de laisser le tabou s’installer, nous avons donc décidé, légèrement pressés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, on y reviendra), de mettre en place ces cours spécifiques.

Les enjeux de la sécurité sanitaire.

Si nous nous sommes fait taper sur les doigts par l’OMS, ce n’est pas pour rien.
Retour de la syphilis, danger du VIH, augmentation des infections aux clamydias, en France nous ne sommes pas plus à l’abri qu’ailleurs.
Ce qui est plutôt gênant quand on sait que c’est majoritairement parce qu’il y a un manque d’information au sujet des risques.

A titre d’exemple, une grosse part de la population pense encore qu’il n’y a aucun risque d’infection au cours d’un rapport bucco-génital.

Les jeunes savent qu’ils doivent recourir à l’usage du préservatif.
Pourtant certain-e-s ignorent comment il s’emploie ou qu’on ne doit pas en utiliser plusieurs en même temps.
Et inutile de poser la question de qui a déjà entendu parler du préservatif féminin…

D’ailleurs, en parlant de préservatif féminin, les cours d’éducation sexuelle permettent aussi de rappeler que la femme a aussi des désirs et qu’on se doit de la respecter !

Parler de sexualité pour lutter contre la culture du viol !

Société patriarcale oblige, on n’étudie pas (aussi bien) l’appareil sexuel féminin.
D’ailleurs on n’évoque pas réellement les désirs de la femme et on tend à croire que finalement, la femme sert à la reproduction, tel un corps asservi au désir masculin.

A priori, nous devrions tou-te-s ressentir à l’instant l’énorme déshumanisation qui ressort de ce discours.
La femme n’est plus qu’un corps, elle est là pour servir le bonheur de son mari…
On croirait revoir cet horrible navet pro culture du viol qu’était « Mal de Pierres » !!!

Du coup, il est assez commun d’entendre ce genre de réflexions quand une fille pose une question :

« Wow, t’es trop une nymphomane. »

« T’façon les filles qui veulent du sexe sont toutes des salopes. »

Épargnons-nous les autres noms d’oiseaux dont sont qualifiées celles qui tentent juste de se renseigner sur des positions, leur confort, les formes de contraception (quand on sait leur répondre autre chose que la pilule) et citons un petit coup Mignon McLaughlin en guise de réconfort :

« Une nymphomane est une femme aussi obsédée par le sexe que l’homme moyen ».

L’un des espoirs donc, des cours d’éducation sexuelles, c’est de faire passer un message simple : les femmes doivent être respectées.
Si elles veulent dire non, si elles ressentent une gêne ou une douleur, on respecte leur avis.
Elles ne veulent pas avoir d’enfants ? Elles n’en resteront pas moins des femmes.
Et avoir plusieurs partenaires n’en feront pas plus des prostitués que les hommes qu’on ne s’autorise pas à juger.

Une lutte importante qui en accompagne d’autres : celles pour les communautés LGBT.

Pouvoir poser des questions sur une sexualité « différente ».

S’il y a bien une chose plus déshumanisante dans les manuels scolaires que l’évocation de la femme comme seul corps, c’est l’invisibilisation des autres sexualités.
Oui petit rédacteur de manuel scolaire, tu es un génie du mal à n’évoquer que l’hétérosexualité, tu blesses et tu tues, indirectement, un paquet de gens, n’en déplaise à ta conscience si mal éveillée qu’elle ne t’empêche pas de dormir.

Une personne gay, lesbienne, bisexuelle, transexuelle peut avoir des tas de questions sur la sexualité.
Au moins autant qu’une personne hétérosexuelle en tout cas.
Et elle peut aussi en avoir sur un plan plus social, quitte à ce qu’il s’agisse uniquement de témoignages sur la façon de vivre en ayant ou sans avoir fait son coming-out.
Ou, encore une fois, des questions sanitaires sur la présence ou l’absence de risques accrus en cas de pratiques spécifiques (comme on l’entend parfois sans savoir si c’est du lard ou du cochon).

Bref, l’éducation sexuelle c’est de la prévention et de l’apprentissage de la tolérance et de l’égalité.

Au sortir de ce genre de cours, nous devrions être sûr-e-s de comment on veut que notre sexualité se déroule.
Il faut qu’on soit certain-e qu’on saura dire non au besoin, qu’on saura les gestes à de protection à avoir.
Et également qu’on saura écouter son corps et qu’on saura faire respecter son orientation sexuelle et nos désirs.

C’est beau la théorie.

D’ailleurs, nous irions bien tous vivre en théorie, puisqu’en théorie tout se passe bien.

Mais malheureusement, il y a la pratique.
Et elle fait peur !

Dans la pratique… attention, ça va faire mal au cœur…

Si nous ne suivons pas encore tou-te-s ce compte twitter, il est temps de réparer l’erreur : les pions sur les i nous fournit en anecdotes (pas toujours drôle comme on le constate aujourd’hui) sur la scolarité au sens large du terme.

Et là, on va avoir un témoignage édifiant de ce que peut être l’éducation sexuelle en France, en 2017.

Petit regret que ça n’ait pas été des profs de Sciences de la Vie et de la Terre de l’établissement qui s’y collent.
Mais après tout, peut-être qu’ielles n’étaient pas à l’aise avec cette idée, on respecte.

Parlons donc des pratiques diverses de la sexualité, comme celles des lesbiennes, gays, bi et trans par exemple ?
Ou de la polygamie ?

On est en France, un pays tolérant, un pays progressiste un pays…. où sexuellement tu as le droit d’être hétéro, monoamoureux, monogame, monofidèle.
Sartre et De Beauvoir on fait des livres entiers sur le polyamour et la polyfidélité mais ça se saurait s’ils étaient français.
Et si on avait promulgué un truc comme « le mariage pour tous », on serait au courant, bordel !

Ironie du sort, le même jour la Colombie officialisait une union polyfidèle…

Donc sinon, voilà, dans le plus grand calme les intervenants expliquent à des élèves – qui ont en moyenne 13 ans – que le sexe c’est entre UN homme et UNE femme.
Et pas plus parce que c’est pas normal d’aimer plusieurs personnes en même temps, n’en déplaise donc à Woody Allen qui pervertissait les esprits en affirmant :

« Le sexe entre deux personnes, c’est beau. Entre cinq personnes, c’est fantastique… »

Nous rappelons que le public a, en moyenne, 13 ans.
Que la moitié était trop timide pour se poser des questions à se sujet auparavant.
Et qu’à ce rythme, on va leur dire que s’ils ont un-e chéri-e il faudrait rapidement envisager le mariage !

On sait bien, d’ailleurs, que c’est important pour endiguer une génération obsédée par la sexualité…

[Note de la rédactrice : perso à 13 ans on causait surtout de Pokémon ou de séries comme Stargate, pas du dernier porno maté en scred, principalement parce qu’on n’en matait pas, ou qu’on n’était pas nombreux à en mater et qu’on évitait de le crier sur les toits quand c’était le cas.]

Après une mise en confiance de taille (le sexe c’est que pour les hétéros qui savent qu’ils finiront leur vie ensemble, donc) il était essentiel de montrer à ces ados qu’il n’y aurait aucun respect de leur vie privée et qu’ils pouvaient se livrer sans se poser de questions…

Puisque vous ne répondez pas, laissez-nous vous expliquer quelque chose.

Déjà si vous avez eu un chéri et que vous en avez un nouveau, c’est mal, on l’avait dit avant.
Mais alors, osez seulement avoir eu une relation sexuelle avec le premier puis en avoir une avec le second…
En fait vous êtes une victime, une véritable prostituée.
Votre corps appartient à la première personne qui vous a fait l’amour, point barre.

Bordel, on vous a dit de regarder « Mal de Pierres » !
A ce rythme, ce film va devenir une référence diffusée dans les collèges et lycées pour montrer ce que doit être une « vraie » femme, vive le partiarcat…

Bon et puisqu’on est en train de parler de ce que ne veulent pas faire les femmes, parlons de pornographie.

On sent l’expérience personnelle qui parle.
Un grand merci, donc, à la personne qui prend son cas pour une généralité.
Bravo, d’inciter des jeunes à penser que s’ils ont une érection qui dure plus longtemps que 10 minutes, alors ils sont « anormaux ».
Une seule réponse vient à l’esprit pour la personne en question : la moyenne c’est 20 minutes, quand on incite les autres à se sentir mal dans sa peau, faut assumer jusqu’au bout.

ENFIN ! Enfin on va parler d’un truc vrai, concret, telle que la différence entre le porno (et ses mises en scène) et la sexualité un peu plus « classique » ou « réelle » des gens.

OU PAS. Et le commentaire inclus dans le tweet exprime très bien la chose.
On pourrait parler du danger de la banalisation de vidéos mettant en scène des « faux viols », des pratiques extrêmes, des absences de préliminaires, de la notion de simulation…
Mais non, à la place on a une personne qui nous explique que la fellation c’est mal.

Sans doute parce qu’elle refuse elle-même de la pratiquer et que, là encore, son cas doit faire office de règle.

Pour résumer : on a fait tout le contraire de ce qu’on devait !

A l’issue d’un tel discours, il y a de quoi s’inquiéter.
En effet, on vient quand même de tenir un discours lgbt+-phobe, empreint de culture du viol (slut shaming) et de bon vieux patriarcat dégueulasse.

Tu fais partie de la communauté LGBT+ ? Tu n’as pas à avoir de sexualité.

Si tu es une femme, tu n’as pas à avoir de désir, tu dois servir à faire l’amour, sinon tu es une prostituée.

En outre, il est évident qu’il faut faire l’amour à une seule personne au cours de son existence !
D’ailleurs tu n’auras qu’un-e seul-e chéri-e pour toujours, même si tu penses H24 au sexe (<- meilleure méthode de sexualisation des ados, au monde).

Du coup, clairement ça sera normal d’agresser une personne de la communauté LGBT+ parce qu’elle a une sexualité « déviante ».
Comme ça sera normal qu’un homme couche avec sa femme, sans lui poser de question, puisque s’ils sont ensemble, c’est bien pour ça.

On en parle des conséquences ?

En 2016, SOS homophobie a recensé plus de 1575 témoignages d’actes à l’encontre de la communauté LGBT+.
Il est évident que tenir un tel discours va aider à faire diminuer ce nombre…

Par ailleurs, on compte aussi 9 personnes violées en France toutes les heures, soit près de 75 000 viols par an.
Cela inclut les viols conjugaux (qui n’en sont pas si on suit leur logique à vomir) et s’accompagne de 198 000 tentatives de viols.
La cerise sur le gâteau : seulement 12 768 viols sont déclarés !
Et bien oui, à force de dire aux femmes qu’elles sont des prostituées et coupables de leur sort, elles finissent pas y croire.

On peut aussi rappeler que le SIDA court toujours et que ça n’est pas une maladie de « pédé » comme on l’entend encore trop souvent.

La syphilis et les clamydias ont fait un gros retour en France, c’est sans doute pas la faute à pas de chance.

Alors peut-être qu’on pourrait faire correctement le boulot, non ?

Voilà pourquoi c’est insensé que ça soit des extérieurs et pas des profs de SVT qui gèrent le tout…

 

Là on a le summum du paradoxe !
Techniquement dans un lycée privé qui suivrait un enseignement religieux, on devrait te dire que la contraception et les préservatifs sont le mal parce que le sexe avant le mariage est un péché.
Pas t’inciter à prendre du plaisir au détriment du port du préservatif vu que tu dois faire l’amour uniquement pour avoir des enfants.
Ou alors les années de cours de religion sont trop loin et du coup ils ont revu leurs discours ?!

Bref tout ça pour dire que…

Ben nous non plus, on ne pouvait pas laisser passer ça.

Il y a trop de déshumanisation et de mise en danger pour qu’on s’en tienne au rôle d’observateur / observatrice.

Les cours d’éducation sexuelle ont été créés pour ceulles qui ne peuvent pas en parler à la maison.
Par exemple pour des questions de religion mais aussi pour que la communauté LGBT+ qui rencontre de nombreuses difficultés – l’association Le Refuge peut en témoigner – aie accès à des informations et à des interlocuteurs à leur écoute.

Ici on se contente de donner raison à la plaidoirie en faveur d’une société hétéro cis patriarcale, c’est bien dommage…

L’éducation sexuelle, nouvelle opportunité de suprématisme hétéro et de culture du viol ?
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