16 novembre 2015

L’Histoire du terrorisme se finit-elle avec la Syrie ?

« Le manichéisme en histoire est une sottise. » ~ Michel Quint

Bonjour !

Après les événements tragiques qui ont frappé Paris le 13 novembre dernier, le gouvernement a décidé d’une riposte armée destinée non pas à déstabiliser les forces de Daesh mais bien à les annihiler.
Cette décision a fait l’objet de nombreux débats sur lesquels il me semble essentiel de revenir, le droit de débat étant a priori l’un des fondamentaux de la démocratie.

Frapper la Syrie, est-ce une solution ?

Au-delà de la question subjective consistant à nous demander si oui ou non il est pertinent de répondre à la violence par la violence, il existe une question sous-jacente plus pertinente : les frappes en Syrie sont-elles le début d’une solution en soi ?

Mettons de côté le fait que ça attise des colères, allons jusqu’à admettre quelques secondes que demain nous rasions la Syrie de la carte.
Le problème du terrorisme disparaîtrait-il avec cette nation ?

Pour répondre aussi impartialement que possible à cette question, étudions de plus près ce que nous appelons ici terrorisme.
A parler de la Syrie, nous parlons en fait des exactions de l’E.I. une organisation militaire, politique et terroriste, née des conflits ayant affaibli l’Irak et la Syrie.

L’E.I. est un « enfant » d’Al Quaïda s’étant retourné contre ses pairs et opérant, selon les autorités, dans les zones géographiques suivantes : Irak, Syrie, Liban, Libye, Nigeria, Russie (et oui !), Egypte, Algérie, Yémen, Arabie Saoudite, Bande de Gaza, Tunisie, Afghanistan, Pakistan, Somalie et Bangladesh.

Alors si demain nous rasions la Syrie, complètement, en détruisant au passage toutes les installations de Daesh présentes sur place, nous détruirions une partie du problème mais nous ne le supprimerions pas.
Continuerions-nous ?
Irions-nous frapper tour à tour les autres pays, jusqu’à des pays alliés sur fond de soupçons ou bien parce que les terroristes y renforceraient leur pouvoir en prenant le pari que nous ne ferions pas de victimes parmi ces pays avec qui nous dialoguons régulièrement ?

Parce que oui, contrairement à cette rumeur qui circule et s’amplifie, notamment sur Twitter, la guerre, ça fait des victimes !

Le débat manichéen de #PrayForSyria

Quelques heures à peine après les frappes perpétrées sur la ville de Raqqah, le hashtag PrayForSyria vient offrir des pensées aux civils tombés sous les bombes… et ils sont accompagnés de pensées pour le moins manichéennes.

Oui, parfois je m’ennuie lors de ma pause café et donc je décide de répondre à ce qui me paraît très limite en termes de logique.

Ici, il y a une double vision du monde en noir et blanc :

  1. Soit t’es pour la France, soit t’es pour les terroristes, y’a pas d’alternative comme le montre ce premier écran.
  2. Les syriens sont forcément des terroristes convertis ou en devenir comme le monde ce second écran.

Mention spéciale : J’ADORE les gens qui font des raccourcis et ensuite écrivent « ouais mais le # aujourd’hui c’est une position hypocrite ! ».
Faire des raccourcis syrien = terroriste c’est une position démagogue, dangereuse et déshumanisante.

Et puisqu’on parle de déshumanisation, je tiens à tirer mon chapeau aux médias pour l’énorme manipulation de foule qu’il y a eu.
Si je peux encore admettre que des gens aient cru qu’on a frappé Damas quand on a en réalité bombardé Raqqa, ça peut encore se comprendre.
Mais quand je lis que les bombes n’ont frappé QUE des terroristes, exactement comme le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à nos frontières, je me pose une question : lorsqu’on nous bassine à longueur de temps au sujet de la mémoire de l’Histoire, au sujet de ne pas répéter les mêmes erreurs, en fait le but c’est de nous dire que « puisqu’on vous l’affirme c’est que c’est vrai, on referait pas les mêmes erreurs quand même ! » ?

Bon admettons une seconde que vous pensiez ce que vous écrivez, petit cours d’histoire-géo !

Raqqa, une ville, avec des gens, si si c’est vrai, j’vous jure.

En plus d’être le siège officieux de l’E.I. depuis 2014, Raqqa c’est surtout une ville du centre de la Syrie, située à plus de 450 bornes au Nord Est de Damas et à environ 160 km d’Alep.

C’est l’une des premières villes à tomber aux mains de la rébellion lors de la guerre civile qui les a opposé au gouvernement de Bachar El-Assad.

Pour ceux qui suivent les débats sur la position « divergente » de la Russie, Poutine a supporté El-Assad quand la coalition Américano-européenne a soutenu la rébellion dans une guerre qui avait pour but d’apporter à ce pays une démocratie réelle (si ça sonne comme en Irak et en Afghanistan, relisez la première section de l’article).

Fragilisée par sa propre guerre intérieure, Raqqa tombera rapidement aux mains des extrémistes de l’E.I. et depuis les forces de la coalition bombardent la zone en espérant réduire la présence de Daesh à néant.

Quand cette guerre a commencé, Raqqa comptait plus d’un million d’habitants, de civils, pris en cisaille entre un gouvernement soutenu par les russes, une opposition soutenue par la coalition et une armée radicalisée.
Une partie de cette population a fui : ce sont les réfugiés qui ont essayé de rallier tant bien que mal l’Europe.

Cette même guerre n’a pas eu seulement recours à des bombardements, elle a aussi usé d’armes chimiques de part et d’autre pour reprendre l’ascendant sur l’autre.

Etant donné que les djihadistes n’ont pas construit des bâtiments spécifiques mais occupent des lieux qui ont toujours existé, aucune frappe ne peut miraculeusement cibler uniquement des terroristes.

D’ailleurs, les autorités estiment les pertes humaines entre 230 000 et 320 000 morts, une fourchette large qui s’explique par le fait que l’ADN permet d’identifier des personnes dont on ne connaît pas toujours le statut.

Ceci étant désormais établi, permettez-moi de répondre à ceci :

J’ai beau réfléchir, je ne vois pas comment soudainement parce que la France l’a décidé, la ville de Raqqa aurait subitement évacué tous ses civils en étant assiégée dans le même temps.
Effectivement, il faut se réveiller, sauf que ça passe peut-être plus par le développement d’un esprit critique que de croire aveuglément ce qu’on nous raconte.

Et si vous vous demandez pourquoi on nous mentirait à ce sujet, n’oubliez jamais cette réflexion de Robert Brasillach :

« L’Histoire est écrite par les vainqueurs. »

Une vie est une vie.
Si nous devions demain, au nom de la protection de notre existence, décider de raser la Syrie, ne perdez pas de vue qu’on dirait à tous les autres pays occupés par l’E.I. « voilà le sort qui vous attend ».
Ne sautez pas sur vos grands chevaux en disant « tu dis qu’on mérite ce qui nous arrives », moi la seule chose que je dis c’est que si nous ne méritons aucun malheur, les civils d’ailleurs ne les méritent pas plus que nous.
La radicalisation ne peut exister que si un pays a été fragilisé et que la population est tellement désespérée qu’elle se laisse convaincre par des extrémistes (et qu’on ne parle pas de folie, ouvrez une dictionnaire, la différence est grande).
La radicalisation, ce n’est qu’une forme plus large de secte; pas de recrutement possible s’il n’y a pas d’agonie à récupérer, moins d’agonie si on arrête d’appauvrir, de stigmatiser, de déshumaniser, de sacrifier librement pour des questions d’économie et d’ego.

La stratégie propre à Daesh, Klaire fait grr vous l’explique très bien 😉

Moi, je finirai en vous invitant à réfléchir aux problématiques suivantes : si demain Daesh tombe, si demain Al Quaïda tombe, si demain les terroristes d’aujourd’hui n’existaient plus, connaîtrions-nous réellement la paix ?
Pouvons-nous vivre en paix quand je dois lever des pétitions comme celle-ci : Stop au marquage des « étrangers » ?
Pouvons-nous vivre en paix quand on continue de délocaliser en appauvrissant les nations dans lesquelles on s’installe ?
Pouvons-nous vivre en paix quand on choisit l’ignorance volontaire des conséquences de notre consommation comme lorsque l’on achète des sodas dont la production condamne une population à mourir de la suppression d’accès à l’eau potable ?
Pouvons-nous vivre en paix quand on s’adonne à un euphémisme écœurant concernant le nombre de réfugiés climatiques que la Terre comptera dans les années à venir ?
Pouvons-nous vivre en paix quand on est un citoyen, au mieux une nation, accusant tous les autres de son sort et de ses torts, plutôt que des êtres humains vivant sur Terre, sans frontière d’aucune sorte, capable de communiquer pour construire ensemble et pas l’un aux dépens de l’autre ?

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