12 novembre 2015

Nombre de Dunbar, chiffre magique et forces tribales

« On s’intéresse à ses membres comme parties de son corps, pourquoi pas aux hommes comme parties de l’humanité ? » ~ Tenzin Gyatso, quatorzième Dalaï Lama

Bonjour !

Puisque nous nous intéressons ici en effet à l’Homme en tant que partie de l’Humanité, il convient d’étudier quelques éléments fondamentaux de la tribalité.

Comme vous avez pu le noter en lisant l’introduction à la tribalité, on admet que les tribus ne peuvent jamais contenir plus de 150 éléments (individus ou tribus).
Sachez qu’on admet aussi qu’un groupe idéal de travail doit compter… 7 membres.

Oui mais pourquoi ?
Cette question revient souvent parce qu’on se demande s’il s’agit d’une mesure arbitraire et bien figurez vous que non, pas du tout et c’est tout le propos de l’article du jour !

150 ou le nombre de Dunbar

Nommé après un éminent anthropologue, le nombre de Dunbar est le résultat de nombreuses et longues études sur le néocortex, c’est-à-dire la zone du cerveau qui est impliquée dans la perception sensorielle et les réactions mais aussi supposément de l’abstraction et de la mémoire.
Il possède une petite particularité notoire : s’il intervient dans notre processus de réaction, il reste impossible de prévoir comment le néocortex réagira à un stimuli donné.

Quel lien entre le néocortex et la tribalité ?
Très simplement, le fonctionnement du néocortex définit notre capacité à nouer et maintenir des relations stables avec d’autres individus.
Or, notre néocortex ayant une limite de capacité de processus (assez semblable au principe de mémoire vive en informatique), il lui est impossible de maintenir un nombre infini de relations.
Il conduit donc de complexes analyses pour décider avec qui vous allez ou non rester réellement en contact.
Et comme il gère la perception et les réactions, il va trier à la volée sur ce qui vous fait vous sentir bien et va donc favoriser les relations avec lesquelles vous êtes le plus en phase, celles avec lesquelles vous partagez le plus de choses qui vous font écho, id est, vos valeurs.

Le nombre 150 correspond au nombre moyen de relations que peut entretenir un individu lambda.

« Ok mais ça c’est une limite presque absolue, pourquoi on ne pourrait pas pour autant être plus efficace en bossant par groupe de 150 ? »

Parce qu’il ne faut pas perdre de vue qu’en plus de nos valeurs nous avons aussi des forces tribales.

Chiffre magique et forces tribales

Peut-être vous rappelez vous avoir entendu parler du « chiffre magique » ?
En littérature mais aussi dans de nombreuses croyances, le chiffre 7 a souvent été vu comme une clé :

  • 7 ans, c’est « l’âge de raison » et l’âge auquel le cerveau quitte l’apprentissage pur au profit de l’expérimentation;
  • l’hydre de Lerne a été représentée avec 7 têtes;
  • il y a 7 péchés capitaux;
  • briser un miroir vous conduirait à 7 ans de malheur;
  • la Menorah possède 7 branches;
  • il y a 7 jours dans une semaine;
  • il y a 7 cieux dans plusieurs religions, 7 chakras dans d’autres…

Bref, vous l’aurez compris, depuis toujours, 7 est un chiffre qui paraît revenir comme une évidence et qui livre un héritage conséquent.

Mais parmi la multitude d’exemples à travers le monde, intéressons nous aux… 7 nains.
Oui, ceux de Blanche-Neige.

Il y a 7 nains, 7 caractères, 7 visages de l’Humanité qui se différencient autant qu’ils se rassemblent.
Et c’est l’image même d’un groupe tribal.

Revenons quelques années en arrière, lorsque la société GallUp entreprend de faire un sondage mondial pour déterminer ce qui ferait les forces d’un leader.
Ce sondage va être conduit dans 143 pays et va donner naissances à un lot de données qui – une fois entrecoupées – sera résumé à une liste de 34 forces tribales.
Des études approfondies vont alors déterminer que la plupart des leaders possèdent 5 forces tribales principales qu’ils utilisent sur une base quotidienne.

Fait notoire : 143 pays, c’est 143 tribus de tribus, d’autant que le sondage a été traduit dans plus d’une centaine de langues pour cibler une population relativement large.

Ce qui nous intéresse davantage c’est ce résultat : 34 forces, 5 forces majeures par personne.
Donc si vous voulez avoir une équipe qui réunisse toutes les forces tribales… il vous faut 7 personnes.
7 visages de l’Humanité.

Et cette vision est encore une fois appuyée par les études de Dunbar.
En voulant déterminer comment le nombre d’individu affectait un groupe, il a procédé à un suivi très méticuleux du taux de satisfaction et d’efficacité d’un groupe de 2 à 150 personnes.

Et il en ressort deux pics de satisfaction : le premier lorsque le groupe compte entre 5 et 9 individus (moyenne à 7), le second lorsqu’il en compte entre 50 et 90 (moyenne à 70).

Que se passe-t-il avant et après ces pics ?

Avant d’atteindre le premier pic, le groupe a un défaut d’énergie : il est difficile d’avancer car il manque soit du monde pour penser les idées, soit pour les mettre en place, soit encore pour nouer de nouveaux contacts.

Entre les deux pics, le groupe est efficace mais on se marche un peu sur les pieds et il devient nécessaire de scinder les effectifs en des groupes qui vont se spécialiser.

Après le second pic… c’est une question managériale.
Même les individus les plus concentrés, les plus motivés, les plus enthousiastes peuvent devenir ingérables.
Et la principale raison, c’est encore une fois Dunbar qui l’apporte, il est impossible de maintenir plus de 150 relations.

En travaillant à 70, vous pouvez former 10 équipes de 7 personnes et obtenir un équilibre mais si vous essayez de le faire à 140 ça devient problématique parce que chacun doit maintenir des relations avec 139 personnes sans compter ses clients, ses partenaires, etc.

Forcément, il arrive un moment où le néocortex ne suit plus et décide de trier.

C’est ce qui fait qu’une entreprise va avoir des succursales : d’abord il y a la TPE avec environ 7 coéquipiers, puis la PME qui va s’étendre jusqu’à une société diversifiée rassemblant plus d’une cinquantaine de personnes puis une maison mère et une ou plusieurs succursales où on repart du modèle de TPE.

La seule façon d’endiguer ce phénomène serait de pouvoir accroître la capacité de notre néocortex mais serait-ce un bien pour l’Humanité, telle est la question.

Conclusions

L’Humanité est composée d’un ensemble d’individus forts de leurs valeurs et de talents naturels dont l’entrecroisement les rends uniques.

Elle ne connaît de limite que lorsque l’on décide de réunir des individus trop semblables pour pouvoir se compléter et se parfaire.

Comme le notait Françoise Dolto :

« Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l’entraide et la solidarité visant à un but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect des différences. »

Ensemble, demain, composons une Humanité riche de sa diversité et non pas un monde pauvre de sa sélectivité.
Aucune guerre ne naît de l’acceptation de l’autre dans toute sa différence, aucune paix n’existe si on condamne la marginalité.

Nombre de Dunbar, chiffre magique et forces tribales
Notez cet article.

Laisser un commentaire