[B.A.- BA] La tribalité dans ses grandes lignes

La tribalité, c’est le cœur des travaux de Multi Scope Studio SAS… mais c’est quoi exactement ?

Les oiseaux volent, les poissons nagent, les humain·e·s forment des tribus.

Dave LOGAN

Il est de plus en plus commun d’entendre dire et de lire que l’humain·e a cédé à ses pulsions individualistes voire égoïstes et qu’il condamne les autres par son attitude.
Paradoxalement, dans le même temps, il est commun que les médias et les personnes d’influence jouent à celui ou celle qui parviendra le plus à vous faire pointer votre voisin du doigt.

Pourquoi ?

Parce que lorsque l’humain·e suit ses instincts les plus aboutis et les plus naturels, iel forme des tribus, des communautés, des groupes et que finalement, comme il faut diviser pour mieux régner, on s’y prend comme on peut pour faire en sorte que ces associations soient trop occupées à se faire et se défaire pour pouvoir évoluer et risquer de contester trop fortement les pouvoirs en place lorsque ces derniers desservent davantage l’Humanité qu’ils ne nourrissent leur propre peuple.

Comment y remédier ?

Mais très simplement !
Nous allons comprendre ensemble comment se forment des tribus et comment elles évoluent.
Plus tard, on apprendra comment on peut les influencer.
On verra aussi comment on doit adopter les bons réflexes pour ne plus tomber dans les panneaux les plus évidents !

La tribalité : une affaire de valeurs avant tout.

Questions :

Vous vous souvenez du dernier entretien d’embauche que vous avez passé ou pour lequel vous vous êtes entraîné·e ?
Vous vous souvenez du dernier discours politique que vous avez entendu ?
D’après vous, quel est leur point commun ?

Réponses :

Au cours de l’entretien, on vous aura sans doute posé cette question désormais relativement courante : « quelles sont vos (principales) qualités ? ».
Au cours d’un discours politique (en France en tout cas), vous aurez probablement entendu parler des « valeurs démocratiques » ou des « valeurs de la République ».

En fait, dans tous les cas, il s’agit de valeurs.
Nos qualités humaines sont le simple reflet de nos valeurs.
Par exemple, si la recherche de la perfection est la valeur centrale de votre travail, votre qualité première est logiquement d’être perfectionniste et inversement.

Pourquoi parle-t-on de valeurs dans tous les cas ?

Tout simplement parce que les tribus se forment autour des valeurs.
Lorsque vos qualités sont celles attendues par un recruteur, c’est que vos valeurs font écho à celles de l’entreprise.
Donc que vous faites partie de la même tribu.
Lorsque vous adhérez à un courant politique, vous adhérez – réellement – aux valeurs que ce courant défend, vous faites partie de la tribu associée.

Que se passe-t-il lorsque vous rencontrez des personnes qui ne partagent pas vos valeurs ?

C’est très simple : si cela vous arrive aussi souvent qu’à moi, vous avez du comprendre que pour éviter les débats sans fond et sans fin, il ne faut pas parler de politique, de religion ou d’argent (quoi qu’on pourrait mettre les trois dans le même sac) au cours d’un repas, surtout un repas de famille.
En fait, les valeurs s’opposent facilement (par exemple entre socialistes/libéraux, athées/croyants, classe ouvrière/classe aisée…) même si les interlocuteurs sont parfois issus du même milieu d’origine (partager les mêmes gênes et être de la même famille ne signifie pas être de la même tribu et – vous le verrez plus tard – c’est bien heureux dans certains cas) et dans la majorité des cas, vous serez poussé·e à défendre votre tribu, donc vos valeurs et votre vision (il existe évidemment des exceptions, nous reviendrons sur ce point en parlant des phases tribales).

Mais du coup, il ne doit pas y avoir beaucoup de tribus…
On doit être des millions dans chaque communauté, non ?

En fait, c’est tout le contraire.
Une tribu comportera toujours un maximum théorique de 150 individus.
Au-delà de ce seuil, baptisé « nombre de Dunbar », elle se scinde automatiquement en 2 nouvelles tribus.
Donc techniquement, avec plus de 7.5 milliards d’individus, la Terre abriterait plus de 50 millions de tribus.

Euh… Cela voudrait dire qu’on n’est jamais plus de 150 individus à partager des valeurs communes ?!

Non, ça veut dire qu’on n’est jamais plus de 150 individus à partager les exactes 3 mêmes valeurs clés (aussi nommées « valeurs fondamentales »).
Exemple concret : en tant qu’informaticienne, j’ai rejoint diverses communautés de développement.
A chaque fois, nous nous sommes rassemblé·e·s parce que nous tombions d’accord sur le fait que le développement devait être libre, réalisé un prix équitable et basé sur un partage de connaissances.

Petit à petit, certain·e·s ont voulu se concentrer sur une clientèle plus spécifique.
De fait, iels ont choisi de revaloriser leur expertise.
Même s’iels effectuaient toujours du développement libre en partageant leurs connaissances, iels se sont éloigné·e·s de notre tribu de base (avec laquelle iels ne partageaient plus que 2 valeurs) pour en créer une nouvelle (avec laquelle iels étaient de nouveau complètement en phase).

Du coup, les tribus peuvent avoir un lien de parenté, en quelque sorte…

En effet.
Pour garder cet exemple, techniquement il y aurait la tribu des développeurs libres qui aurait donné naissance un jour à celle des libres à prix équitables / low-cost / haut-de-game, et ainsi de suite.
La tribu des développeurs libres est donc une tribu de tribus.
Et chacune des tribus la composant est soit une tribus d’individus (en conservant l’exemple, celle des développeurs libres haut-de-gamme), soit une autre tribu de tribus (les développeurs partageant des connaissances, regroupant les tribus-filles des prix équitables / low-cost / haut-de-gamme).

Donc pour résumer, on forme naturellement des tribus rassemblant jusqu’à 150 individus autours de valeurs communes avec des connexions plus ou moins franches à d’autres tribus et des oppositions plus ou moins tranchées avec d’autres.

Mais du coup, comment est-ce qu’on peut influencer une tribu ?
A travers ses membres ?

A travers ses membres et par effet de propagation !
C’est ce que l’on va découvrir en abordant la question à la fois complexe et simplissime des phases tribales.

La tribalité, également une affaire de phase.

Je suis sûre que vous avez déjà entendu l’expression « être en phase avec quelque chose », laquelle vient du domaine électrique à la base.
Après l’explication qui va suivre, je vous conseille de vous demander régulièrement si ce que vous vous préparez à faire, si vos prochaines actions ou si votre présente réaction est en phase tribale avec l’humain·e que vous voulez être.

Pourquoi ?
Parce que cela va vous permettre de progresser vers les résultats que vous souhaitez atteindre sans connaître les hauts et les bas liés à une errance sociale renforcée par les diverses sources de déshumanisation que peuvent être la scolarité, environnementalité, la médialité et la socialité.

Il existe plusieurs approches des phases tribales selon les auteurs et les axes de recherche (anthropologiques, managériales, etc), je vais me concentrer ici essentiellement sur celle de David LOGAN qui fait, selon moi, écho à de nombreux grands noms de la philosophie et de la littérature et se trouve donc être en phase avec ma pensée personnelle.

Dans cette vision que je vous propose, il existe 5 phases tribales :

  1. La vie est nulle
  2. Ma vie est nulle
  3. Je suis génial·e (et pas toi)
  4. Nous sommes géniaux (et pas vous)
  5. Nous sommes un

Et sans plus tarder, je vous propose de découvrir chacune de ces phases, en détails.

Phase 1 – « La vie est nulle »

La phase que vous ne souhaiteriez pas à la personne que vous exécrez le plus de vivre un jour.
C’est la phase où la Vie, dans tout ce qu’elle peut représenter, ne vous évoque plus rien.
C’est la phase dans laquelle on retrouve les gens et les terroristes.
Mais aussi beaucoup plus simplement les toxicomanes et les personnes à tendance suicidaire.

Il s’agit d’une phase complète de rejet, où l’existence ne semble bonne ni pour soi ni pour autrui.

Cette phase ne connaît que deux issues.
La positive consiste en une revalorisation qui tend à dire MA vie est nulle (sous-entendu, celle des autres est mieux) et donc une évolution en phase 2.
Et l’autre, c’est malheureusement la mort (par suicide, attentat, guérilla, etc).

Admettons que le sujet lambda que nous suivons pour l’instant ait un déclic et qu’il passe en phase 2.

Phase 2 – « Ma vie est nulle » (en comparaison de celle des autres)

Dans cette phase, la vision est négativement égocentrique.

Tout ce qui nous arrive de mal est un résultat du sort et on envie l’existence des autres.
C’est la phase dans laquelle se situent tous ceux et toutes celles qui tiennent leur patron, leurs collègues, leurs proches, leur entourage éloigné ou non, comme responsables (indirectement ou non) de nos malheurs.

Il peut y avoir plusieurs raisons à cette phase :

  • une déshumanisation depuis la phase 3;
  • un complexe d’infériorité;
  • une maladie (trouble de l’anxiété, phobie sociale,…);
  • une évolution depuis la phase 1.

Cette phase connaît deux issues.
Premier cas, le sujet est capable de mettre un terme à ce qui le bride et il passera en phase 3 (le plus souvent en se disant que si ce sont les autres qui font que sa vie est nulle, c’est que lui est génial).
Second cas, il régressera en phase 1 (c’est la vie entière qui est nulle et c’est immuable).

Dans le cas de notre sujet, nous allons admettre qu’il décide de se reprendre en main et passe en phase 3.

Phase 3 – « Je suis génial·e » (et pas vous)

Cette phase est toujours égocentrique mais la forme d’auto-victimisation est renversée et quelque part plus positive.
Le sujet prétend toujours qu’il s’il ne réussit pas, c’est la faute des autres mais la tonalité est différente.

Adieu l’idée que le patron vous persécute, ici vous exposez comment vous vous y prendriez mille fois mieux que lui parce qu’au final, lui il reste assis derrière son petit bureau quand vous, vous faites tout le boulot y compris celui de vos coéquipiers qui ne sont bons qu’à vous ralentir.

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles un individu peut se retrouver dans cette phase, la plupart sont évidentes :

  • une évolution depuis la phase 2 (on passe d’une victimisation passive à une victimisation active);
  • une oppression scolaire (et les discriminations inter-filières notamment);
  • une déshumanisation sociale (supériorité induite à ces gens qui « vivent » dans la rue);
  • une suppression de l’humanité par le salariat (vous êtes lae meilleur·e puisque vous remplissez tous les objectifs que votre patron vous impose et tous les challenges contre vos coéquipiers).

Il existe d’autres formes de déshumanisation mais vous avez compris la trame principale.

Cette phase a deux issues.
Le sujet a un déclic (souvent au contact d’un mentor) et évolue en phase 4.
Ou alors il ré-adopte une posture passive et régresse en phase 2.

Comme toujours, nous allons envisager la version la plus positive et le laisser s’élever en phase 4.

Phase 4 – « Nous sommes géniaux/ales » (et pas vous)

Vous savez ce qu’il y a de plus efficace qu’un individu qui se livre à une bataille pour obtenir de meilleurs résultats que ses concurrents ?
Une équipe qui se livre à une bataille pour obtenir de meilleurs résultats que ses concurrents !

La phase 4, c’est celle dans laquelle le « je » est enfin caduque, remplacé par le « nous ».
L’équipe n’est plus un ensemble hétérogène affublé d’un boss mal-aimé de ses brillants employés en phase 3 et détesté de ses médiocres employés en phase 2; à la place c’est un ensemble homogène qui fait corps et se serre les coudes pour construire l’avenir du groupe.

La seule limitation que le groupe connaisse, c’est son besoin irrépressible de vouloir toujours tout faire pour égaler ou dépasser un autre groupe.

Il existe à nouveau deux issues à cette réflexion.
Le groupe peut échouer à un moment donné et risquera de voir quelques membres régresser en phase 3 (parce qu’un individu au moins attribuera l’échec à un autre et s’en désengagera lui-même).
Au contraire le groupe peut arriver à se défaire de son but suggestif (faire mieux que…) pour un but totalement désintéressé, à savoir servir le plus grand nombre (et par extension, l’Humanité), s’élevant en phase 5.

C’est le dernier point que nous aborderons dans cette étude des phases.

Phase 5 – « Nous sommes un »

Avant de commencer, je tiens à préciser que je fais ici une différence volontaire avec la vision de certains chercheurs dans ce domaine.
Beaucoup d’experts, de coachs, d’enseignants, définissent la phase 5 comme celle de « l’émerveillement innocent ».
Une attitude que l’on peut rapprocher de l’émerveillement qu’un enfant adopte face à la découverte d’une nouveauté.
Pour moi le terme n’est pas suffisant car l’émerveillement pourrait malgré tout conduire à un comportement de phase 4 voire de phase 3 (je suis génial d’avoir découvert ça, m’voyez).
L’unité, en revanche, brise toute forme de compétition, c’est pourquoi je préfère cette tournure (et pour la petite chanson du Roi Lion 2).

Nous sommes un.
Et nous sommes tou·te·s humanisé·e·s.
Nous créons ensemble des choses qui répondent aux besoins de tout le monde et de chacun.

Pas de notion intrinsèque de profits, aucune de concurrence.
Seule la volonté de faire ce qui paraît logique, de concrétiser les évidences.

Bien que je prévois de dédier différents articles de blog à des personnalités pour les situer dans les phases tribales (histoire de rétablir certaines vérités), je vais quand même vous donner un exemple d’individu dans cette phase, un exemple dont vous avez certainement entendu parler il y a quelques années et dont vous vous êtes sans doute dit que si la Terre en comptait plus comme lui, elle se porterait mieux.

Cet individu, c’est Boyan SLAT.
Il s’agit d’un ex étudiant hollandais qui a proposé une solution convaincante pour « nettoyer » les océans.
Après un constat amer lors d’une session de plongée sous-marine, Boyan, alors âgé de 16 ans, se dit que trop c’est trop et qu’il est temps d’agir.
Il se documentera alors pendant plus de 2 ans, se rapprochera de chercheurs et finalement, parviendra à la conclusion qu’on pourrait créer un entonnoir géant qui capterait les déchets grâce aux courants marins.
Il suffirait ensuite de l’extraire.

Boyan SLAT répondait alors à tous les critères d’une phase 5.
Il a 3 valeurs qui sont évidentes lorsqu’on lit son histoire (respect, humilité, persévérance).
Et il a envie de servir un but qui ne lui est pas propre mais concerne l’Humanité entière.

A lire cela, on a souvent envie de dire « j’en voudrais cent comme lui », sauf que dans la réalité, il y a autant de personnes en phase 5 que de personnes en phase 1…
Ou devrions-nous plutôt dire « aussi peu  » ?

Les populations des phases

Parce qu’on a l’impression qu’on a plein de terroristes à travers le monde, un peu moins de gens moyens et presque pas de « génies ».
Merci les médias pour cette sensation !

Mais dans la réalité, c’est loin d’être le cas, comme en témoignent ces statistiques !

Tribalité : les populations des phases tribales

La tribalité, une affaire de conscience.

Au final, vous l’aurez compris, pour être en phase, il faut déjà être conscient·e de pas mal de choses.
Cela inclut de nos valeurs à nos comportements.

Dans des articles à venir sur le blog, nous verrons comment identifier les sources de déshumanisation.
Nous verrons aussi comment s’en prémunir et comment s’élever et élever les autres.

Il est malheureusement trop facile de tomber dans le schéma de victimisation de la phase 2.
Ou encore, celui de l’arrogance de la phase 3.
Pourtant, il y a un message bien plus beau à retenir et sur lequel je veux vous laisser.

Il y a, dans le monde, 2% de la population qui se sont affranchis des diktats de faussaires de liberté et oeuvrent en secret à sauver les 2% qui ont tellement subit ces mêmes diktats qu’ils en ont perdu foi en la Vie.

Julie Rachel FERRIER

Prenez soin de vous et n’hésitez pas à découvrir les applications de la tribalité à divers domaines !

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