[Lundi Lecture 1] La course de rats…

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La course de rats ou comment l’école (actuelle) nous fait foncer droit dans un mur liberticide !

Si on a autant de problèmes économiques en France, c’est parce qu’il y a trop de chômeurs, qui existent parce qu’il y a trop de gens qui ne poursuivent plus d’études longues alors que lorsqu’on a de gros diplômes, on trouve du travail, on gagne bien sa vie, on peut acheter une maison dans un joli lotissement pour y fonder une famille avec des enfants qu’on ne verra jamais grandir parce qu’on gaspillera tout notre temps dans un job en réalité alimentaire où on est sur-qualifié et sous-payé dans le but de cotiser jour après jour pour avoir droit à une retraite durant laquelle on pourra enfin vivre si on n’est pas mort avant !

De notre côté, ça nous donne moins envie de sortir les cotillons et le champagne que de partager le point de vue d’Olivier Roland dans son livre « Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études » : la course de rats, ça craint !

Bienvenue dans ce Lundi Lecture qui va s’attarder sur quelques concepts d’un livre que nous recommandons chaudement !

Pour commencer, c’est quoi « la course de rats » ?

En fait c’est une métaphore simple.
Dans la société actuelle, on nous pousse à croire qu’il faut avoir le meilleur diplôme, le meilleur statut social, le meilleur produit à un moment T de notre vie et que c’est ça, la réussite, l’accomplissement de soi, alors que dans les faits, on ressemble clairement à des rats de laboratoire, lâchés dans des boites aux interminables labyrinthes, en quête d’une liberté qu’ils n’obtiendront jamais s’ils ne parviennent pas à se défaire de ce qui les amène à finir dans ces foutues boites.

Little boxes…

Cette course absurde va de paire avec le consumérisme, comme l’expliquait l’AMAP Vallée du Cailly dans le documentaire « Je consomme donc je suis : vivez – prospérez – consommez« .
D’ailleurs l’organisation a un propos très cinglant au sujet des populations en phase 2 (rappel des phases dans les grandes lignes de la tribalité; on parle ici des fatalistes au discours « c’est comme ça, on n’y peut rien ») :

« Qu’importe ce que vous faites dans la course de rats, le succès est incertain; en revanche si vous ne faites rien, l’échec est inéluctable. »

Reste désormais à savoir comment on ne devient pas l’un des rats, comment on ne rentre pas dans ces foutues boites ou comment on peut parvenir à en sortir à temps.

La course de rats, une histoire de propagande scolaire.

Avant que le corps enseignant tout entier me tombe dessus à bras-le-corps, j’aimerais rappeler qu’à mes heures perdues je suis enseignante vacataire dans le supérieur et que je donne une quinzaine d’heures de cours privés à des élèves de la primaire aux classes préparatoires, rangez vos attaques du style « elle y connaît rien et elle critique », je connais ce que je vois au quotidien, que ça vous plaise ou non.

Mise au point effectuée, parlons de la première responsable de la course de rats : l’Ecole.

Le problème de base de l’école c’est que les établissements sont moins devenus des lieux d’enseignement et d’apprentissage que des méritocraties ambulantes.
Tu dois mériter d’y entrer (coucou ParcourSup !), mériter d’y garder ta place à grand coup de notation de ta capacité à vomir tes connaissances dans une copie pour enfin mériter un bout de papier qui atteste de ton niveau.

Outre le fait qu’en dépit de toutes les études nous sommes dans une nation qui rejette encore le « not yet »[1] et qui ferme allègrement les yeux sur la précarité étudiante[2], cette méritocratie conduit à deux problèmes majeurs :

  • le chômage structurel de masse dû au phénomène théorisé de l’excès de culture;
  • nombre d’affection psychologiques telles la crise de la quarantaine, le syndrome de l’imposteur, le burn-out, le bore-out et on en passe.

Et tout ça pour quoi ?
Pour faire perdurer un modèle datant de la révolution industrielle d’élevage de bons ouvriers modèles et surtout… disciplinés (voilà pourquoi on parle de l’EDUCATION nationale et non pas de l’INSTRUCTION nationale… et on ne parle même pas des organismes de FORMATION – qui forment et formatent – comme toujours, la sémantique donne le ton).

Quel rapport entre course de rats et révolution industrielle ?

Le rapport est un lien de causalité; l’Ecole telle qu’elle existe aujourd’hui découle d’impératifs issus de la révolution industrielle.

Aussi, elle a été créée pour discipliner la population : savoir se tenir en rang forme au travail à la chaîne; savoir écouter silencieusement à son pupitre sans interrompre et en admettant que ce que dit l’enseignant a valeur de vérité absolue et d’argument d’autorité, est une façon de s’habituer à devoir écouter la hiérarchie sans la contredire ni la questionner.

Bonus : la sonnerie des écoles.
Si certains établissements l’ont changé au profit d’une mélodie supportable, certains abdiquent encore et toujours face à la propagande et servent encore ce son si dégueulasse digne des pires passages à niveau… ou simplement des usines, puisqu’il s’agit là d’un conditionnement, sauce Pavlov, de prise de postes… quand on vous dit qu’ils ont pensé à tout ce qu’il faudrait pour faire des enfants de braves petits ouvriers n’ayant vraiment pas besoin de penser à quoi que ce soit…

Et le plus beau c’est que, non seulement tout ça est encore valable en 2018 mais en prime on s’englue dans le chômage structurel de masse !

La course de rats, le moteur du chômage structurel de masse depuis… le plein emploi !

Ami 68ard, si tu fais dans l’ignorance volontaire si chère aux plus grands marketeurs, tu ne vas pas apprécier la suite parce que si tu fais partie de ces gens qui disent que tout le monde peut trouver du boulot et que c’est qu’une question de volonté, nous serons obligés de rappeler que c’est avec ta génération (et le début d’une course de rats que vous avez générée silencieusement) que tout est parti en vrille; il faut l’admettre pour pouvoir avancer et réformer tout ce système moisi jusqu’à la moelle et au plus profond de son cœur !

Il existerait un millier de façon d’expliquer le chômage structurel de masse mais il y a un maître dans ce domaine et c’est l’excellentissime Franck Lepage, aussi je vous laisse le soin d’écouter ceci pour pouvoir avancer ensuite :

Ainsi donc, plus on s’adonne à la course de rats, plus on sur-qualifie les postes, plus on nourrit ce système qui fait que nous avons besoin de diplômes plus élevés encore et le serpent se mord la queue; voilà, on a généré la première conséquence.

Et la seconde alors ?
Passons-y immédiatement.

A force de courir, les rats vont finir sur les rotules ou pire encore…

Parce que c’est bien beau de nous dire qu’il faut des diplômes toujours plus haut pour ensuite prôner devoir prendre le premier poste qui vient parce que tu vas quand même pas faire le difficile, faut bien payer les factures, bla bla bla… il n’empêche que ça entraîne un paquet de conséquences.

La moins dramatique (quoi que ça fasse tribalement très mal à écrire !) : la crise de la quarantaine.
Ce moment délicat où on regarde en arrière et on s’aperçoit qu’on n’a pas vu grandir nos gosses, qu’on n’a pas réalisé le moindre de nos rêves, que cette vie est pourrie jusqu’à l’os et que franchement on plaquerait bien tout sur un coup de tête pour aller vivre sa passion…
En fait le moment où on décide de vivre ce qui aurait du être notre vie depuis le départ.
C’est un passage de plus en plus fréquent, presque obligé, dans la société actuelle, renforcée par le consumérisme et la lassitude éprouvée lorsque les achats compulsifs qui nous permettaient d’oublier notre situation ne sont plus accessibles avec les retours de l’inflation et la baisse perpétuelle du pouvoir d’achat.

Ensuite, il y a les affections silencieuses, pernicieuses et potentiellement létales tant les dépressions qu’elles entraînent peuvent être profondes : le burn-out, le bore-out et le syndrome de l’imposteur.

Le burn-out est un peu plus connu aujourd’hui.
Touchant principalement les professions commerciales où l’on pouvait (jusqu’à récemment, c’est depuis interdit par la loi, même si de nombreuses entreprises s’en préoccupent comme de la première chemise de leur PDG – ce cas ne s’applique pas aux DRH de chez Air France) fixer des objectifs[3] à ses employés, notamment les commerciaux itinérants, le burn-out s’est généralisé à cause de la course de rats : ben oui, si tu  veux être le meilleur employé faut t’en donner les moyens et t’es plus à une nuit blanche près passé un certain stade !

Plus vicieux et sans doute plus répandu que le burn-out, il y a le bore-out.
C’est le cas typique des personnes qui ont un bac+5 (master, cursus ingé, etc) voire un doctorat et qui sont… caissières assistantes de caisse (c’est la caisse qui bosse, toi t’es là pour la déco) secrétaires employés polyvalents ou qui comme moi ont expérimenté la joie d’être embauchée sur un projet qui est finalement externalisé mais qu’on ne compense pas dans l’emploi du temps ce qui te fait venir 35h par semaine au travail pour… littéralement ne rien faire.[4]
On finit par se demander pourquoi on se lève encore le matin, comment on en est arrivé à être aussi inutile et… bon la dépression est là.

Et celui qui touche de plus en plus de générations car il est le produit de la course de rats et de l’excès de culture : le syndrome de l’imposteur.
Pour les gens qui ne connaissent pas, le syndrome de l’imposteur consiste à ce qu’une personne finisse par s’auto-persuader qu’elle ne vaut rien, qu’elle n’est pas à la hauteur des tâches qu’on lui confie, bref, qu’elle est une imposture professionnelle.
Et ceci est une conséquence directe du fait que les diplômes certifient théoriquement le niveau théorique des étudiants, en omettant complètement la question cruciale de la courbe de l’oubli.

La course de rats, un facteur aggravant de la courbe de l’oubli.

Kézako la courbe de l’oubli ?

Il s’agit d’une théorisation de la quantité d’informations que nous oublions avec le temps faute d’exercer notre mémoire.
Exemple concret : pendant nos études on apprendre 2 langues vivantes étrangères.
Sauf à utiliser quotidiennement ces langues, il y en a au moins une pour laquelle on n’a même plus vraiment les bases.
Et c’est logique, à force de ne pas demander à notre cerveau d’utiliser une information, il la considère dépréciée et la classe beaucoup plus loin dans la mémoire pour faire de la place pour des informations plus récentes.

Et du coup… au sortir des études, on garantit par diplôme que chacun possède la totalité des informations vues, entendues, notées (et vomies un jour dans une copie) au cours des 2, 3, 5, 7 voire 10 dernières années.

Alors quand on parle d’une information abordée au cours du semestre dernier, ça va encore, par contre quand il s’agit, après avoir bouclé son master, de ressortir une information entendue au cours de l’année de licence dans le cadre d’un module inter-semestre optionnel c’est tout de suite plus coton.

Du coup quand on a commencé sa carrière par un job alimentaire doublé d’un poste sous-qualifié pour finalement le poste de junior qu’on aurait du avoir au sortir de l’école, prétendre qu’on a encore totalement son niveau universitaire, c’est se tirer une balle dans le pied.

Et plus le diplôme est haut (et long à obtenir) plus le risque s’accroît et plus les conséquences (dont le syndrome de l’imposteur) sont drastiques et dramatiques.

Mais du coup, on fait quoi ?

Frank Lepage, Olivier Roland, une grande partie des sociologues et anthropologues contemporains s’accordent à le dire : il faut réformer l’enseignement.
Attention, pas comme des buses et certainement pas comme le proposent les gouvernants, une réforme en profondeur, une réforme qui ferait disparaître les boites.

En renouvelant les enseignements en fonction des besoins réels des entreprises et de l’évolution des technologies, en étant en accord avec la loi[5], en ne tuant plus la créativité et en annihilant la méritocratie à la place, en orientant les gens vers leurs rêves plutôt que vers des postes qui – pour la plupart – ne devraient même plus exister, en trouvant des solutions pour que les étudiants ne soient plus dans des situations désespérément précaires… le champ des possibles est infini.

Et des solutions, Olivier Roland en propose bien plus d’une dans son livre, une raison de plus de le consulter !

D’ailleurs il y aborde aussi la question – plus importante encore – de savoir comment sortir de ces boites si on y est déjà enfermés !

Quitter la course de rats et (re)trouver la liberté !

Il est évident que nous ne présenterons pas ici le détails des solutions proposées par Olivier, sinon il n’y aurait aucune raison d’aller acheter son livre et le lire, il s’agit seulement de donner un petit aperçu de ce qu’on peut envisager de faire si on est englué dans le système.

Olivier appelle ses ouailles les « rebelles intelligents », des termes qui qualifient totalement la vraie solution : se rebeller contre le système.
Et il existe de nombreuses façons de le faire.

D’abord lutter contre la courbe de l’oubli pour se préserver du pire et aspirer à du mieux.
Convertir le temps passé dans les transports, dans des situations passives, avant de dormir ou en cuisinant, en temps d’écoute de cours et autre podcasts pour enrichir ses connaissances et rafraîchir sa mémoire.
A raison de 3h d’écoute cumulées par jour, on dépasse allègrement les 1000h d’écoute par an, or c’est le temps moyen qu’il faut pour s’approprier une matière du secondaire !
C’est un sacré potentiel renouvelé !

Ensuite il faut oser sortir de sa zone de confort.
Il faut se fixer des règles simples : ne plus accepter un emploi dont le salaire ne serait pas x fois supérieur au précédent (Sébastien Night conseille un facteur multiplicateur par 5 quand on parle de projets en tant qu’indépendant mais c’est adaptable à une situation salariée d’une autre manière), ne plus accepter d’occuper un emploi pour lequel on est sur-qualifié afin d’ouvrir des opportunités aux personnes qui en auraient besoin.

Enfin il faut prendre le taureau par les cornes et penser au coût d’opportunité.
Et nous allons terminer sur ce point crucial.
Si on considère le coût moyen des études supérieures et la rentabilisation des connaissances au cours de toute une vie, les hommes sont quasiment rentables et les femmes ne le seront jamais !
De quoi vous donner envie de tout plaquer et de lancer sa propre entreprise, n’est-ce pas ?

Finissons sur une touche positive !

La course de rats est peut-être un phénomène de grande ampleur et bien installé mais il n’est ni durable ni intouchable.
La volonté de chacun peut y mettre un terme.
Et si la seule chose qui vous manque, c’est d’y croire, nombre d’accompagnements existent, depuis les formations d’Olivier Roland, Sébastien Night, ou encore la formation à venir « Être S.O.F.T » de chez nous (et si ça vous intéresse d’en savoir plus, magie magie, il vous suffit de vous inscrire à la newsletter dédiée dans l’encart sur votre droite :P).

« Le problème avec la course de rats c’est que même si l’on gagne, on est toujours un rat. »
~ Lily Tomlin

Soyons plus humains que rats, soyons unis demain, avec ou sans diplôme, pour une instruction qui nous conduise vers nos passions et notre vocation la plus profonde !

Acheter le livre d’Olivier Roland :


NOTES :

[1] Le « not yet » ou « pas encore » en français correspond aux évaluations que l’on retrouve parfois miraculeusement à la maternelle, c’est à dire un système sans notation chiffrée, relevant simplement l’acquisition des élèves.
Ce système de notation exclut – par essence – l’échec; ainsi lors de la présentation de concours et autres examens partiels, un candidat n’est pas ou admis ou recalé mais à la place chacune de ses matières est au choix « acquise » ou « pas encore acquise ».
Des études conduites par un ensemble d’enseignants et de sociologues portent son influence au bénéfice de 40% de la population étudiante.
Un excellent TED par Carol S. Dweck, intitulé « the power of yet« , aborde ce sujet avec plus de précisions (il est en anglais mais un sous-titrage français est disponible au besoin).

[2] En France, en 2014, une étude du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherchait révélait que :
– 25% des étudiants en première année faisaient face à des difficultés financières
– ce nombre grimpe à 33% lorsque l’on atteint la 4e année de cursus
– 6% de la population étudiante, quel que soit son niveau à l’issue du baccalauréat, renonce à des études supérieures faute de moyens suffisants.

[3] Pour rappel (sémantique, comme toujours), un objectif est inatteignable par essence; c’est un nombre qu’on place dans les esprits pour qu’on tende dans sa direction mais qu’on ne pourra jamais toucher que du bout des doigts (et encore).
Ce que l’on peut atteindre est un but ou un résultat.

[4] Si tu as lu ça et que tu t’es dit « mais c’est trop cool d’être payé à rien faire » alors 1/ tu n’as pas le job de tes rêves sinon tu saurais la frustration que ça engendre, 2/ tu n’as aucune envie d’évoluer dans la vie sinon tu saurais l’impact que ça a sur ta carrière et 3/ tu n’as pas encore mesuré le poids de l’inaction sur l’expertise, ça va on en parle plus loin dans l’article 😛

[5] Les écoles doivent normalement nous dispenser uniquement des connaissances que nous n’avons pas déjà.
C’est ainsi qu’a été pensé un système de dispense.
En clair, un étudiant qui a déjà acquis une connaissance ne devrait pas être obligé de suivre un cours sur le même thème et devrait pouvoir le remplacer par un autre cours, une façon de s’adapter au rythme d’apprentissage de chacun, de limiter les frustrations mais aussi de permettre des compléments de formation intéressants par le biais d’options.
Dans les faits, cela demande une trop grande adaptation des emplois du temps et rares sont les écoles qui relèvent le challenge.

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Julie FERRIER
A propos Julie FERRIER 8 Articles
Informaticienne d'étude conduisant des recherches complémentaires en communication et en tribalité, Julie dispense des cours publics dans le supérieur en tant qu'enseignante vacataire ainsi que des cours privés des classes primaires aux classes préparatoires. Elle se définit comme "solutionneuse" et a pour but fondamental de contribuer à une démocratisation de l'accès à la connaissance et au partage de connaissances sans discrimination aucune.