[Mercredi Méthodologie 1] Apprendre à apprendre

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Apprendre à apprendre, une méthodologie peu enseignée et pourtant pleine de sens !

« L’enseignement : apprendre à savoir, à savoir faire, à faire savoir.
L’éducation : apprendre à savoir être. »
– Louis Pauwels

Bonjour et bienvenue dans ce Mercredi Méthodologie.

Après avoir discuté de la course de rats lors de notre Lundi Lecture et du besoin de réformer ensemble l’enseignement au cours de notre Mardi Motivation, si nous apprenions… à apprendre !

Cela peut paraître contre-intuitif et pourtant c’est assez logique : comment pourrions-nous apprendre des sciences, des langues, n’importe quel savoir en fait, si nous ne savons pas comment apprendre ?

C’est tout le sujet d’aujourd’hui !

Distinguer l’apprentissage du savoir, du savoir faire et du savoir être.

Comme le note Louis Pauwels, l’apprentissage se fait à plusieurs niveaux : l’apprentissage du savoir, celui du savoir faire, celui du faire savoir (sur lequel nous reviendrons plus tard dans cet article) et celui du savoir être.

Le savoir être relève, comme il l’affirme si bien, de l’éducation, de la sphère familiale ou en tout cas du privé.
C’est la raison pour laquelle parler d’Education Nationale pour le système scolaire étatique est un non-sens et pourquoi on peut constater des dérives telles que des parents s’attendant à ce que l’Ecole éduque leurs enfants; après tout on le vend dans le nom du programme…

Mais revenons à nos moutons : nous devons donc distinguer l’apprentissage d’un savoir, d’un savoir faire et d’un faire savoir.
Et il est important de mémoriser ces termes dans l’ordre car ils nous fournissent la marche logique à suivre !

Apprendre à apprendre la théorie : l’art de l’apprentissage d’un savoir.

Théorème de Pythagore, règles grammaticales, capitales européennes… la théorie s’étend à tous les domaines et on ne peut pas y couper, même quand on est autodidacte.
Alors comment s’approprier efficacement toute sorte de contenu ?

Tout d’abord, il convient de définir le type de contenu que nous mémorisons le mieux et cela varie d’une personne à l’autre.
Est-ce que nous retenons mieux en lisant ? en écrivant ? en écoutant ?

C’est assez flagrant pour les collégiens : certains sortent d’un cours en ayant assimilé la plupart des informations car entendre l’enseignant réciter un cours leur suffit; d’autres peinent car ils ont besoin de le relire voire de le réécrire un certain nombre de fois pour s’approprier le contenu; c’est ce qui fait que nous avons des rythmes d’apprentissage différents (et qu’il est paradoxal et dangereux de vouloir tous nous faire apprendre au même rythme).

Cependant il ne faut pas perdre de vue que, quelle que soit la méthode la plus optimisée pour l’apprentissage, il faudra tôt ou tard reprendre ces cours et qu’il faut pouvoir le faire de manière efficace.
Voilà pourquoi j’aime bien conseiller à mes étudiants en difficulté sur ces points de s’armer d’une pochette de stylos-feutres de différentes couleurs et de feuilles avec une marge (qu’on tracera à 1/4 du bord gauche s’il n’y en a pas déjà une).

L’idée est la suivante : dans la colonne de gauche je note tout ce qui relève de la définition et de la règle, là où à droite je vais noter le cours dans son ensemble.
Les couleurs permettent de différencier le type de données : définition de termes en rouge, règles diverses en bleu, procédures / algorithmes en vert, etc.

Quel est l’intérêt ?
Mettons que vous soyez en train de vous remettre à niveau comme je le fais actuellement en anglais, vous pourriez décider de consacrer une heure le lundi à du vocabulaire et deux heures le jeudi aux règles grammaticales.
De cette façon, le lundi je peux relire tous les mots en rouge et regarder dans la colonne de droite (le cours pur) une phrase complète dans laquelle le mot est utilisé.
Le jeudi, je peux relire tout ce qui est en bleu et encore une fois retrouver des exemples, au besoin, dans le cours.

Nous pourrions faire la même chose en mathématique pour le vocabulaire d’une part (hypoténuse, nombres complexes, démonstration par récurrence, etc), les règles (théorèmes et autres propriétés) d’autre part et même des procédures (système HPC, démonstration par l’absurde ou la récurrence)…

Après c’est une façon de faire et chacun doit avoir les siennes, j’ai juste toujours été plus convaincue par ça que prendre un cours brut et devoir faire des fiches récapitulatives en cours d’année.
D’autant plus que je trouve que reprendre des cours massifs se résume à un apprentissage « bête et discipliné » (sauce course de rats, donc, :P) et que c’est contre-productif car on se contente d’ingurgiter des données, enfin… d’apprendre…

« Mieux vaut comprendre qu’apprendre. »
– Gustave Le Bon

Et pour bien comprendre ce que l’on pense avoir correctement appris, rien de mieux qu’une évaluation notée et donc compétitive ! que la pratique !

Apprendre à apprendre par la pratique : de l’importance du savoir faire !

N’en déplaise à une enseignante-chercheuse ayant affirmé à plusieurs reprises à des étudiants que pour être de bons informaticiens, la théorie seule était suffisante (affirmation qui explique en partie comment on peut avoir un double doctorat en sciences du numérique et malgré tout ne pas savoir reconnaître du fishing[1]), sans la pratique il est non seulement impossible de transformer un apprentissage en une compétence validée mais en plus on ne fixerait pas le savoir dans l’esprit.

Car comme nous l’avons vu ensemble lundi avec le livre « Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études » d’Olivier Roland, tout apprentissage que nous ne sollicitons pas disparaît, c’est ce qui a conduit à l’élaboration de la courbe de l’oubli.

Donc pour apprendre, il faut pratiquer et pour apprendre à apprendre, il faut donc apprendre à pratiquer et à le faire de la bonne façon.

Soyons clairs, résoudre un exercice basique du style « soit un triangle ABC tel que AB = 3, AC = 4 et BC  5, démontrez que ABC est rectangle en A », ce n’est pas pratiquer.
Même si dans le référentiel de l’EN on appelle ça de la mise en pratique, ça n’en est pas.
De la mise en pratique, c’est décider de réaliser un projet personnel nécessitant du bricolage et de l’assemblage avec des angles droits quelque part dont on ne pourra s’assurer qu’ils sont droits que si l’on sait comment se mettre dans une disposition et des paramètres favorables.

Pratiquer une langue c’est sortir de sa zone de confort et décider de l’utiliser au quotidien, par écrit dans un premier temps puis oralement, puis en correspondance régulière avec des natifs.

Et idéalement, apprendre par la pratique, c’est développer sa passion tout en se documentant.
C’est ce que font les auteurs qui veulent écrire des ouvrages réalistes, les orfèvres qui vont répéter des mouvements encore et encore jusqu’à un niveau de minutie incomparable.
C’est ce qui définit… l’expertise.

5 livres et 10 000 heures en lien direct avec le sujet étudié; si vous tenez compte du temps que vous avez de libre dans les transports et des heures que vous pouvez libérer par ci par là, pour ce qui est, rappelons-le encore une fois, votre passion, vous pouvez parfaitement atteindre ces seuils qui feront de vous des experts.

Parce que vous aurez assez appris de votre documentation et compris de votre mise en pratique.
Il ne restera plus qu’à valider définitivement l’appropriation des sujets et là, la meilleure des évaluations c’est… l’enseignement !

« Enseigner, c’est apprendre deux fois. »
Joseph Joubert

Apprendre à apprendre… en enseignant !

Cela peut surprendre et pourtant c’est d’une évidence enfantine.
Nous avons déjà tous eu ce moment où un cours ou un simple propos lu dans un livre, entendu à la radio ou vu au cours d’un documentaire vidéo nous était apparu clair comme de l’eau de roche et en voulant l’expliquer à quelqu’un d’autre, pouf, tout semblait soudainement très complexe et nous finissions généralement par dire que « ouais en fait c’est compliqué mais grosso modo ça donnait un truc du genre… » qui traduisait parfaitement qu’on pensait s’être approprié le sujet mais qu’en fait nous n’étions pas encore totalement au point.

Il est tout simplement impossible d’enseigner à autrui quelque chose que nous n’avons pas réellement acquis et que nous ne maîtrisons pas réellement.
Mais parfois, il n’y a qu’en essayant de donner un cours sur un sujet précis que nous pouvons en prendre conscience.

C’est la raison pour laquelle je recommande régulièrement à mes étudiants de soit écrire un article retraçant la documentation qu’ils ont ingurgités et les tests qu’ils ont conduit, soit enregistrer une vidéo explicative sur le sujet.
Ne pas être capable de conduire cet exercice permet de se rendre compte de ce qu’il reste à revoir; en être capable permet d’avoir un contenu transmissible et qui nous offre une autre visibilité qui assoit encore notre expertise; aucun temps perdu !

Mais pour pouvoir faire tout cela efficacement, le mieux reste de… le faire en équipe !

En conclusion… Apprendre à apprendre, un travail d’équipe avant tout !

Parce que pour pouvoir s’essayer à l’enseignement, il faut quelqu’un qui tienne le rôle de l’élève de préférence qui n’y connaît rien pour pouvoir poser toutes les questions qu’on n’a pas anticipée mais il faut aussi quelqu’un capable de répondre aux questions que ça va soulever chez nous.

Il faut aussi quelqu’un qui ne soit pas d’accord pour nous pousser à reconsidérer tout apprentissage et développer un esprit critique tout comme il nous faut la personne toujours prête à repousser nos limites, à nous encourager, à nous proposer de nouveaux défis…

La vie est un jeu collectif où apprendre signifie avoir plus encore à apprendre, un jeu sans fin où il n’y a ni gagnant ni perdant, ni moins bon ni meilleur, seulement des humains avec des rêves à concrétiser !

« Nous avons une raison de vivre : apprendre, découvrir, être libres ! »
– Richard Bach


NOTES :

[1] Le fishing (ou hameçonnage) est un terme anglais qui traduit l’idée d’aller à la pêche aux infos, en l’occurrence aux informations personnelles à grand coup de loterie à laquelle vous avez gagné sans jamais avoir participé, en se faisant passer pour votre banque avec un email plutôt bien imité, etc.
Il s’agit d’une forme d’escroquerie plus que fréquente contre laquelle on est mis en garde dans les premières années d’études des sciences du numérique, notamment en cours de droit avec les implications que ça a.

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Julie FERRIER
A propos Julie FERRIER 8 Articles
Informaticienne d'étude conduisant des recherches complémentaires en communication et en tribalité, Julie dispense des cours publics dans le supérieur en tant qu'enseignante vacataire ainsi que des cours privés des classes primaires aux classes préparatoires. Elle se définit comme "solutionneuse" et a pour but fondamental de contribuer à une démocratisation de l'accès à la connaissance et au partage de connaissances sans discrimination aucune.

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