Comment les gilets jaunes aident le gouvernement !

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Les gilets jaunes sont en colère et pourtant ils font le jeu de l’état…

Le samedi 17 novembre, la France enfile son gilet jaune et sort pour une journée d’action contre le gouvernement, ce n’est plus la République mais la révolte qui est en marche.

Pourtant, si on étudie la question de plus près, il apparaît que ce mouvement ne va pas du tout à l’encontre du gouvernement, bien au contraire, il en fait pleinement le jeu.

Comment une population en colère, qui souffre d’une pauvreté croissante, qui semble pleinement soudée peut-elle faire le jeu du gouvernement ?
C’est ce que nous allons voir ensemble !

[MISE EN GARDE] : Si la survie de la France vous intéresse vraiment, merci de mettre votre ego de côté pour la suite de cet article. Si vous en êtes incapable, merci de quitter cet article.
Si vous faites partie des gens qui affirment que les gens qui n’adhèrent pas au mouvement font dans l’inaction et devraient avoir honte, rappelez-vous à qui vous vous adressez actuellement[1], merci.

Un mouvement qui a adopté la sémantique du gouvernement et qui l’aide à diviser pour mieux régner.

Gilets jaunes inaction
Ne pas soutenir un mouvement effacerait donc toutes les actions que certain-e-s mènent au quotidien. #démagogie #penséeUnique

Il y a les gilets jaunes qui « luttent pour la France » et il y a les autres qui « font dans l’inaction et devraient avoir honte ».

La tournure vous en rappelle une autre ?
C’est parfaitement normal.
Sémantiquement, on est dans le même registre que celui du Président Macron : « une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ».

Félicitations, c’est la descente la plus rapide d’un mouvement dans la phase 1[2] : bienvenue dans les bas-fonds de l’Humanité, où la Vie ne vaut rien, où on lutte contre le système et où c’est notre seul point de ralliement.

Vous pensez que c’est faux et que rien ne justifie cette affirmation ?
Pourtant la liste est longue : homophobie, islamophobie, racisme et terrorisme[3].

On est exactement dans le jeu des politiques de tous bords.
Et le pire dans l’histoire, c’est qu’à force de se laisser guider sans savoir par qui, on en vient à hurler qu’on veut exactement ce qu’on devrait rejeter.

Un mouvement qui revendique désormais ce que le gouvernement essaie de mettre en place depuis des mois.

Ah, qu’ils sont beaux les gilets jaunes et qu’est-ce qu’ils réfléchissent !
Regardez, après une journée à bloquer la France (pas le gouvernement, pas les amis du gouvernement qu’ils devraient viser mais leurs compatriotes qu’ils se sont mis à détester), les voilà armés d’une super proposition : SUPPRIMONS LES CHARGES SOCIALES.

Gilets jaunes et charges sociales

Bravo, applaudissons-les bien fort des deux mains.
Voilà que ceux qui se soulevaient parce qu’ils s’appauvrissent conjurent désormais le gouvernement de les appauvrir plus encore !

« Les charges sociales sont une plaie, ça nous coûte la moitié de notre salaire ! » crie le badaud !
Mais tout à fait, c’est pour cela que ça fait des décennies que le grand gentil Médef et le grand gentil patronat militent aussi pour qu’on les supprime !

Maintenant que le moment d’ironie est passé, je nous invite tous à rebrancher nos cerveaux 5 minutes et à penser au grand Franck Lepage[4].

Les « charges » sociales ne vous pèsent si lourdement sur le moral que grâce à la langue de bois.
Si je vous disais « nous devrions augmenter la part des salaires qui contribue à rembourser vos médicaments, augmenter votre retraite, vous garantir un revenu si votre entreprise cesse son activité ou si vous vous cassez une jambe », vous allez trouver ça intéressant.
Si, à présent, je vous disais « nous devrions augmenter les charges sociales », vous allez m’engueuler, en mode ça va pas, plus de charges, etc.
Pourtant, ce sont une seule et même proposition.

Comme apparemment ça échappe à un tas de personnes, rappelons ce que financent les charges sociales :

  • La sécurité sociale !
    Et notamment :

    • La contribution solidarité et autonomie (donc ce qui aide les personnes dites « fragiles »)
    • L’assurance maladie (vous savez, la part de remboursement sur vos consultations, vos médicaments, etc, que vous ne représentez pas dans vos tracts quand vous parlez de ce qu’on paie à un médecin et ce qui va dans sa poche et celle de l’Etat)
    • L’assurance vieillesse (plafonnée et déplafonnée, la retraite quoi)
    • Les allocations familiales (pour info, cela finance 47 aides différentes dont la Prime d’Accueil du Jeune Enfant)
    • Les accidents du travail (si vous vous blessez sur un chantier, si un prof subit encore un élève déshumanisé par ce même Etat qui nous tue et vous ligue avec lui)
    • L’aide au logement (les APL pour lesquelles vous avez lutté après une baisse de 5 € mais que vous voulez donc sacrifier aujourd’hui)
  • L’assurance chômage !
    • Les cotisations chômages : ce qui fait qu’une partie de la population arrive encore à survivre après les plans sociaux décidés par un gouvernement que vous autorisez désormais à priver de la contrepartie qu’il vous doit pour vous avoir sacrifié…
    • Fonds de garantie des salaires : le nom est clairement transparent cette fois.
  • Retraite complémentaire
    Bon, vous n’avez pas besoin d’un dessin pour ça non plus.

Donc en luttant désormais contre les charges sociales, vous luttez pour revenir sur les acquis pour lesquels nos aïeux se sont battus et qui nous permettent encore de vivre aujourd’hui.
Félicitations.

Maintenant, on va se dire qu’après une toute petite seconde de réflexion vous avez laissé tomber cette partie du plan.
Il reste un énorme problème à ce mouvement : vous ne proposez rien de concret ni de durable.

Un mouvement voué à l’échec puisse qu’il n’apporte aucune solution ni concrète ni durable.

Marre qu’on se serve de l’écologie comme d’une excuse pour nous taxer, il vaudrait mieux taxer le kérosène ?
Marre de se faire toujours traiter de feignant et de se faire imposer des réformes dont on ne veut pas, il faudrait dégager le gouvernement Macron ?

Ok, prenons tout cela au pied de la lettre.

Annulons la taxe sur les carburants (mais ne demandons surtout pas à en réformer la fiscalité), ne finançons pas les énergies propres et continuons à penser que taxer les autres signifie miraculeusement mettre fin au changement climatique.
Outre le fait que dans 3 mois on râlera sur le prix des billets d’avions, à quel moment cette stratégie serait-elle plus payante que le fait d’obliger l’Etat à utiliser ces taxes pour sortir du nucléaire et du pétrole ?
Et pour réhabiliter les anciens réseaux ferroviaires ?

Allons jusqu’au bout, virons Macron.
Et après ?
Vous avez davantage foi en Gérard Larcher ?
Quoi, vous ne le connaissez pas ?
Parce qu’en tant que président du Sénat, il serait le président par interim en attendant de nouvelles élections.

Et pour les nouvelles élections, on ferait comment ?
On élirait à nouveau quelqu’un pour sa tronche et ses beaux discours sans s’intéresser à son programme ?
Sans légiférer sur la disparition des partis politiques, à quel moment une nouvelle élection changerait la donne ?

Personne n’en sait rien.
Pas une seule personne se « mobilisant » aujourd’hui « au nom de la France », quitte à détruire des vies, quitte à faire le sale boulot que les politiques ne font pas eux-mêmes, ne le sait.
Parce que ce mouvement n’a pas été pensé pour amener un changement, il a été pensé pour manipuler le peuple dans une direction où il dira oui à ce qui arrange ses dirigeants.
La preuve en est faite par ses discours quotidiens et ses actes individualistes qui vont jusqu’à ne pas tenir compte du fait que leur mouvement de division du peuple va aller jusqu’à invisibiliser la cause des femmes le 24 novembre prochain.

La France saigne, la France a mal, parce que la France s’est ouvert les veines le jour où la classe moyenne a accusé la classe ouvrière d’être la cause de tous ses maux et où la classe ouvrière a pointé les SDF et les étrangers du doigts au lieu de s’insurger.

En conclusion, ce mouvement contribue pleinement au « diviser pour mieux régner ».

La France va mal, cela n’est une découverte pour personne, à part peut-être les irréductibles pro-Macron, bloqué dans une phase 3 où ils sont clairement très heureux d’être supérieurs à leurs voisins.

Pour autant, il faut arrêter de prêcher le moindre mal et de sauter sur le premier mouvement – apolitique ou non – qui pointe le bout de son nez, surtout quand il est clairement conduit par des gens qui sont loin de détester le gouvernement tant il font son jeu.

Par ailleurs, se battre dans le seul but de dire que les choses vont mal, sans plan de secours, sans alternative à proposer, sans revendication réellement recevable, ne peut servir que le gouvernement qui accédera aux demandes qu’il rêve depuis toujours de mettre en place ou en profitera pour faire passer en douce des lois liberticides dont on n’entendra pas parler avant leur entrée en vigueur puisque les esprits seront occupés ailleurs.

Pour changer les choses, il faut se fédérer, il faut lutter pour les droits de chacun sans distinction et sans fracture.
Sinon les batailles conduites ne seront que des batailles individualistes.

« Ce n’est pas la révolte en elle-même qui est noble, c’est ce qu’elle exige. » ~ Albert Camus

Ce mouvement ne sera noble que lorsqu’il exigera de lui-même de défendre les droits de tout le monde, sans sacrifier d’acquis sociaux, sans glisser dans la médiocrité d’une phase 1 extrémiste et assassine.

Ce mouvement ne sera noble que lorsqu’il suivra les enseignements de Thoreau : pour exister il faut résister et résister c’est lutter POUR et pas CONTRE.
Vous voulez lutter, luttez POUR des choses, de manière réfléchie.
Ce n’est pas le peuple qui a gagné la Révolution, peut-être pourrait-il gagner la révolte qui vient, pour peu qu’il arrête de suivre de faux leaders et qu’il s’organise de manière solidaire, à coup de véritable entraide !

Et l’entraide, sur ce terrain, ne peut exister qu’en se conformant à une vérité absolue : nul n’est censé ignorer la loi.
La connaissance des règles de droit en France vous interdirait de prétendre qu’un étranger a droit à toutes les aides et vit mieux que vous qui ne regardez que votre nombril au point d’attaquer ce dont vous pensez qu’il dispose plutôt que d’apprécier et de défendre vos acquis.
La connaissance des règles de droit en France vous interdirait de clamer qu’une lutte est supérieure au droit des autres à vivre.

Tu veux te soulever, peuple de France ?
L’apanage des libérateurs, ce sont les phases 4 (nous sommes géniaux) et 5 (nous sommes un), pas les tréfonds d’une société qui crie que tout doit mourir pour pouvoir renaître.
Nous n’avons pas mis fin à l’esclavage[5] en luttant pour nos propres droits, nous nous sommes unis pour cela.
Nous n’avons pas mis fin à la guerre[6] à coup de grandes actions visibles, nous avons accompli de petits gestes au quotidien pour cela.

Ne massacrez pas la mémoire des sacrifiés, honorez-la en adoptant leur discipline.


NOTES

1 – Les trahisons de l’Etat, je connais, en tant qu’ancienne de la DDASS qui a été délibérément privée de son identité par la France et qui n’a pu « connaître » son père biologique que 7 mois.
Cela ne m’empêche pas de conduire des projets à orientation sociale forte, notamment (pour parler actualité) un projet de logement pour les sans-abris (dont vous vous occupiez majoritairement que pour refuser l’accès au territoire aux migrants).
Vous pensez qu’on ne peut agir que lorsque l’on a les moyens et que ça ne vous concerne pas ?
Je m’endette chaque mois (oui, fait de la politique actuelle et pas que) et pourtant j’arrive à aider, on choisit simplement ses batailles et vous ne choisissez que celles qui vous concernent, point final.
Ce n’est ni bien ni mal mais par contre ne venez pas insulter les autres en disant qu’ils ne font / sont rien parce qu’ils ne vous suivent pas.

2 – Cf. B.A.-BA de la tribalité

3 – Terrorisme principalement social, avec contribution à la fracture sociale, mais aussi terrorisme au sens premier du terme, instillation de la terreur pour pousser aux pires extrémités, comme avec l’automobiliste apeurée au point qu’elle ait accéléré pour espérer se sortir de sa situation et qui a, malheureusement, tué une manifestante dans la manœuvre.
Une personne dont la vie et celle de sa fille (qu’elle espérait juste conduire chez un médecin) ont été réduite à néant, ce qui ne suffisait pas aux gilets jaunes qui profitent des réseaux sociaux pour appeler à se souvenir, chaque jour, de la manifestante décédée, histoire de pousser le terrorisme plus loin encore (il ne reste plus que le suicide de la pauvre « coupable » pour contenter les bourreaux des deux femmes…).

4 – Savoir lire une fiche de paie (parce que clairement, si vous militez contre les charges sociales, il est urgent d’apprendre à lire votre bulletin de salaire !)

5 – Dans les faits, nous n’avons pas mis fin à l’esclavage tout court mais ça, les gilets jaunes s’en tapent royalement quand on voit la consommation en France (trop pauvres pour vivre bien, pas assez pour vivre mieux)

6 – Rappelons qu’à l’instar des migrants que tout le monde a si bien pointé du doigt, si, nous avons fui, les résistants étaient une poignée, clairement vous n’en seriez pas, morts trop tôt ou partis bien loin, et notre libération est venue d’une résistance silencieuse, organisée et pensée (à l’opposé des mouvements d’aujourd’hui) et de nos alliés, dont les personnes que vous discriminez à longueur de journée (foutus étrangers et descendants de, qui ont tous les droits sans rien faire)

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Julie FERRIER
A propos Julie FERRIER 7 Articles
Informaticienne d'étude conduisant des recherches complémentaires en communication et en tribalité, Julie dispense des cours publics dans le supérieur en tant qu'enseignante vacataire ainsi que des cours privés des classes primaires aux classes préparatoires. Elle se définit comme "solutionneuse" et a pour but fondamental de contribuer à une démocratisation de l'accès à la connaissance et au partage de connaissances sans discrimination aucune.

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