Couleurs d’automne VERDICT : une oeuvre douloureuse comme un mal nécessaire

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« Couleurs d’automne », un livre signé Priska Soba.

Comme j’aime beaucoup lire et que j’adore partager mes points de vue sur les lectures, je me suis dit qu’il serait sympa de proposer une parenthèse sur le site, un coin lecture, où je publierai les chroniques qu’on me commanderait.

Priska Soba m’a confié « Couleurs d’automne » via SimPlement.pro.
Accrochez-vous parce qu’on va aborder une lecture comme il en existe très peu et le thème n’est pas à prendre à la légère.

Couleurs d’automne : la présentation officielle.

« Elle était mon enfant, ma prison de mensonges, mon enfer. Exilée, contrainte de vivre en recluse afin d’expier une faute que je n’avais pas commise, loin de hommes, sans avenir je suis demeurée. Comment aurais-je pu l’aimer ? Elle ne m’était rien. Elle n’était qu’une aberration dans un monde de douleur. « 

COULEURS D’AUTOMNE nous entraîne dans la vie d’une jeune fille de 16 ans, qui donne naissance à une petite fille suite à un viol. Elle n’aura alors plus qu’un seul désir : effacer jusqu’à l’existence même de cet enfant. La haine et la violence de cette mère auront-elles des limites ?

Ma réaction à la présentation.

Je dois avouer que j’ai longuement réfléchi au fait d’accepter ou pas le SP.
Quand j’ai lu cette présentation, je me suis auto-persuadée, à la tonalité, qu’on allait causer d’infanticide (avoir relu des dossiers de presse à ce sujet a sans doute joué sur ma compréhension de la chose) et j’avoue que ce type de sujet m’est très délicat, car j’ai toujours la crainte qu’il soit traité avec trop de légèreté ou de clichés.

Et puis j’ai fini par me dire qu’il fallait bien laisser une chance à la vie de me donner tort donc j’ai accepté le livre et… je ne regrette pas.

Couleurs d’automne : qu’en penser après la lecture ?

Clairement, ce livre n’est pas pour tout le monde.
Vraiment, si vous êtes une âme sensible, un minimum empathique, je ne vous dirai pas de ne pas le lire mais de l’éviter durant les périodes de déprime et de penser à des choses joyeuses ensuite.

Maintenant… c’est indéniablement un excellent roman.
Et là, je parle autant d’un point de vue purement littéraire que sur le plan humain.
C’est d’ailleurs ce qui le rend aussi dur et brutal.

Un livre qui fait mal parce qu’il nous fait vivre une réalité sur laquelle nous fermons trop souvent les yeux.

Avec les débats réguliers sur la condition de la femme et sur des problématiques comme celles des agressions verbales, physiques et sexuelles, un roman qui vient vous parler d’une fille-mère qui enfante après avoir été victime d’un viol, on ne va pas se mentir, ça vous prend aux tripes.

Mais ce qui le rend encore plus dur et pourtant paradoxalement beaucoup plus humain que d’autres écritures sur ce thème, c’est qu’ici, on ne minimise rien et surtout, on n’invisibilise pas les victimes, au contraire.

Nous sommes, presque tour à tour, dans la peau de cette mère qui doit subir non seulement les conséquences psychologiques d’un viol mais aussi tout le victim bashing qui l’accompagne et qui se retrouve à subir la naissance d’une enfant, comme la naissance d’une nouvelle honte… et finalement d’une nouvelle haine… puis dans la peau de cette enfant qui subit sa mère à travers les comportements qu’elle développe à la suite de son traumatisme.

Priska Soba réussit ici l’exploit d’aborder un sujet relativement tabou[1] sans tomber dans la facilité et en faisant la lumière sur le jeu de causes et de conséquences de la violence dans la vie des femmes qui ont été dépossédées de leur statut légitime de victime.

Se greffent à cet univers divers personnages occupant tous des rôles sociologiques importants.

Le tout est évidemment dur à lire, il vous mettra en colère, vous attristera, vous donnera envie de vous révolter… et c’est en cela que ce livre, si dur soit-il psychologiquement parlant est littéralement un mal nécessaire.

J’aime… un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ?

J’ai aimé à la folie tout en le détestant.

Mon empathie m’a donné la sensation de mourir à plusieurs reprises en lisant cet ouvrage, sans nul doute parce qu’ayant vécu quelques indélicatesses[2] de la gent masculine, j’ai retrouvé (et donc vécu de nouveaux) des discours d’inversion de la culpabilité qui ont rouvert des plaies trop fraîches.

Mais ce livre est vraiment un « must read ».
Si ne serait-ce que 1% de la population pouvait le lire, de la première à la dernière page, le monde en serait considérablement changé.
La face du monde en serait changée, car ce livre ne peut pas laisser indifférent, il oblige à réfléchir, à considérer chaque parole que nous avons pour autrui.

Remerciements et autres infos utiles

Un énorme merci à Priska Soba pour cette opportunité.
J’étais réellement effrayée par le thème, j’ai vraiment souffert avec les personnages mais ça en valait le coup.

Vous avez aimé cette chronique et vous avez envie d’acheter le livre ?
Vous pouvez le trouver sur Amazon, pour 14.99 € au format Broché.


NOTES :
1 – On parle terriblement rarement des victimes de viol et encore plus rarement des grossesses qui en découlent.
Ce sujet est d’autant plus tabou qu’on l’associe très fréquemment à la question de l’interruption de grossesse, comme pour mieux clore tout débat.
2 – Je m’auto-proclame reine de l’euphémisme; il reste néanmoins relativement fréquent de ne pas assumer la question, en dehors des moments où quelqu’un ose proclamer « voilà ce que l’on m’a fait, voilà ce que j’ai vécu » et qu’on peut dire « ouais, moi aussi ».
Et lire un livre qui aborde ouvertement et crûment des questions cruciales liées, ça fait du bien et du mal en même temps.

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Julie FERRIER
A propos Julie FERRIER 18 Articles
Informaticienne d'étude conduisant des recherches complémentaires en communication et en tribalité, Julie dispense des cours publics dans le supérieur en tant qu'enseignante vacataire ainsi que des cours privés des classes primaires aux classes préparatoires. Elle se définit comme "solutionneuse" et a pour but fondamental de contribuer à une démocratisation de l'accès à la connaissance et au partage de connaissances sans discrimination aucune.

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