Manhattan Marilyn: un roman qui transcende l’Histoire mais pas mon cœur

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« Manhattan Marilyn », un livre de Philippe Laguerre – Ward.

Comme j’aime beaucoup lire et que j’adore partager mes points de vue sur les lectures, je me suis dit qu’il serait sympa de proposer une parenthèse sur le site, un coin lecture, où je publierai les chroniques qu’on me commanderait.

Philippe Laguerre – Ward m’a soumis « Manhattan Marilyn » via SimPlement.pro, première chronique effectuée depuis une version papier (avec en bonus un marque-page sur lequel l’auteur me souhaitait une bonne lecture avant de signer), la puriste que je suis a adoré pouvoir tourner des pages bien réelles avec cette odeur propre aux livres encore neufs !
Reste à savoir ce que j’ai pensé du livre, en voiture Simone Kristin !

Manhattan Marilyn : la présentation officielle.

Ancienne Marine en Irak, Kristin Arroyo découvre dans les affaires de son grand-père décédé – un célèbre portraitiste – des clichés inédits de Marilyn Monroe. Aidée par un photographe, elle décide de monter une exposition.

Malheureusement, rien ne se passe comme prévu : une mystérieuse organisation s’en prend à eux. Pourchassée, traquée, la jeune femme va rapidement comprendre que son destin est lié à celui de Marilyn Monroe et s’efforcer de reconstituer les derniers jours de l’égérie hollywoodienne afin de percer le mystère qui entoure sa disparition.

Ma réaction à la présentation.

Marilyn Monroe…
Plus qu’un personnage, une véritable légende, dont l’ombre planerait sur une histoire endiablée à nous tenir hors d’haleine ?
Etant donné mon goût prononcé pour les romans d’enquête, il était évident qu’en me vendant le mariage du thriller avec l’image d’une icône incontestée de l’Histoire, j’allais avoir hâte de le lire.
Encore un jour à être comme une enfant devant les cadeaux de Noël.

Manhattan Marilyn : qu’en penser après la lecture ?

Aïe.
Je crois que j’ai vécu le plus grand ascenseur émotionnel du monde avec ce roman.
C’est à la fois profondément triste et totalement intriguant, en fait ça a remis en question ma vision entière de la littérature pour ne rien vous cacher.

Mais avant de rentrer dans les détails, j’aimerais apporter une précision qui vous permettra de prendre ma critique du livre avec un recul important, celui de mes références en matière de thriller.

Pour moi, il existe 2 grands types de thriller : celui qui colle exactement à la définition du genre (de la première à la dernière page, on a de l’action, du suspens, encore un peu des deux, du flashback bien négocié sur un plan littéraire, bref, de quoi tenir en haleine à vous en faire crever d’une apnée) et celui qui est un poil plus permissif (l’enquête est prenante mais vous avez des moments de répits, un peu comme les polars américains nous le vendent à la télé).
Je suis fan de ces deux types de thrillers et la plupart de mes lectures entrent dans le style permissif, notamment depuis que j’ai lu Fred Vargas (qui enrichit ce style de vérités anthropologiques en médiéviste et archéozoologue qu’elle est) et Minette Walters (pour cette signature caractéristique de ses livres qui débutent toujours pas l’annonciation d’un coupable pour un crime précis qu’un tiers – enquêteur ou journaliste – aidera à dévoiler comme innocent avant de nous amener sur les traces des vrais coupables).

J’ai donc l’habitude suivante : un livre peut attaquer très posément pour graduellement monter en puissance jusqu’à faire éclater des événements – historiques ou non – à la lumière du jour avec de l’action, beaucoup de place pour l’imagination, la volonté de faire chercher au lecteur qui tire les ficelles, qui a encore du jeu à dévoiler, etc.

Et donc avec Manhattan Marilyn… j’ai commencé par un bon bain chaud et douillet avant de prendre une douche froide.

Le prologue de ce livre relève du pure génie !
Après une petite mise en garde de l’auteur qui précise qu’il s’agit bien d’une oeuvre de fiction, même si elle se base sur quelques événements ayant réellement eu lieu, on plonge directement dans l’Amérique de Marilyn Monroe, avec un chapitre éminemment connu de sa vie.
Et la dernière ligne de ce prologue vous crie littéralement « lisez la théorie la plus folle sur une face cachée de l’Histoire de l’Amérique, ne perdez pas une seconde pour ne pas en perdre une miette ».

Tout cela s’inscrit dans une transcendance du temps, Manhattan Marilyn est aussi un splendide voyage entre l’Amérique de l’une des plus célèbres femmes de l’Histoire et notre époque, de quoi ajouter en suspens…

Puis on attaque le roman.
Et sincèrement, je l’ai « attaqué » une vingtaine de fois.
Je n’ai jamais autant eu de mal à lire un livre.

Et pourtant, ce livre est excellemment bien écrit.
Il est articulé en parties et en chapitres (64, sans compter le prologue ni l’épilogue) avec indication des lieux et dates, à la manière dont on tient un journal de bord.
La lecture est aérée, le vocabulaire parfaitement accessible, vraiment ce roman est accessible au grand public sans aucune réserve.

Pourtant j’ai eu beaucoup de mal à le lire et je devais mettre le doigt sur le pourquoi.
Et la cause, c’est un mélange de rythme et de personnages.

D’abord le rythme : à mon goût, le prologue est excellent, le premier chapitre beaucoup trop mou.
Pour vous figurer mon ressenti, imaginez-vous avoir débuté aux côtés de James Bond ou à l’attribution d’une nouvelle « Mission Impossible » et qu’au moment de plonger dans l’action… vous vous retrouviez assis face à Colombo ou l’inspecteur Derrick.
Soit vous êtes fan de James Bond et vous vous dites qu’il devrait prendre sa retraite… soit vous êtes fan de Colombo et vous allez nager en plein bonheur après un prologue qui vous aura peut-être un poil effrayé.

Ensuite, les personnages : trop fades.
Honnêtement, je pense que c’est même ce qui fait qu’on ressent trop le rythme.
Là, c’est totalement subjectif, on est d’accord et peut-être que vous adorerez les personnages et que donc ce livre vous plaira beaucoup.
Moi je ne les ai pas détesté (Philippe Laguerre – Ward écrit clairement trop bien pour que cela puisse arriver) mais ils n’ont pas réussi à attirer ma sympathie.
Et le problème d’une histoire c’est qu’on la vit pleinement que si on peut au moins s’identifier à l’un des personnages.

Finalement, c’est un peu comme la notion d’existence : il y a ceux qui survivent et ceux qui vivent.
Là, clairement, il y a les livres qu’on lit et les livres qu’on vit… et celui-ci je l’ai seulement lu.
J’ai essayé de lire autre chose pour changer d’humeur, d’écouter de la musique, de le lire en étant triste, en colère, joyeuse, neutre… rien n’y a fait, c’est pas ma came.

J’aime… un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ?

Du coup, j’aime… un peu.

Je ne vais pas dire que je n’ai pas aimé du tout parce que l’intrigue et la trame du roman sont vraiment excellentes.
Et même si j’ai beaucoup reposé ce livre, je l’ai repris autant de fois que nécessaire à le terminer, principalement pour savoir où toute cette histoire allait nous conduire.

Mais je reste persuadée que ce roman comporte deux défauts.
L’un majeur : sa catégorisation en thriller et suspens.
Polar, forcément, parce qu’il y a une enquête.
Mais je trouve qu’il ne cultive pas assez l’empressement et l’urgence pour qu’on puisse parler de thriller.

A choisir entre un changement de style et de catégorie, je dirais que mieux vaudrait le changement de catégorie car la narration est subtile et délicate, à l’image d’une fleur rare et – en ce sens – il serait dommage d’envisager de la presser.
Il faudrait surtout que cette fleur retrouve sa place, comme un camélia égaré parmi des fleurs sauvages.
Peut-être que la déclarer en fiction historique aurait été un bon point, parce que c’est ce dont il s’agit ici, évitant ainsi une sensation de « tromperie » quand on est fan d’un autre genre, mal exploité ici.

L’autre problème, mineur, c’est l’affiliation à un personnage.
Même si certains éléments nous font adhérer à (ou rejeter) la cause des personnages (dont le mouvement Occupons Wall Street), c’est à leur cause et non à eux-mêmes que nous devenons fidèles et je pense que c’est l’une des sources du problème.

Encore une fois, cet avis est forcément subjectif dans la mesure où le poids de mes lectures passées influe inéluctablement mon regard sur cet ouvrage qui reste, malgré tout, un petit bijou de littérature.

Remerciements et autres infos utiles

Un énorme merci à Philippe Laguerre-Ward pour cette opportunité, j’espère ne pas trop le décevoir par mon scepticisme.
Je suis toujours triste quand je trouve un livre bon mais pas à mon goût pour autant car je m’interroge sur le fait de devenir trop exigeante (voire vraie chieuse indécrottable) et cela me conduit à repenser mon univers littéraire pour ne pas risquer de laisser place à une subjectivité issue d’un manque de culture littéraire (pas du tout mon domaine d’étude).

Je ne peux que vous engager à lire ce livre, qui a été noté par mes confrères chroniqueurs 4.5 / 5 sur une moyenne de 54 chroniques; sans doute n’est-il pas fait pour moi et vous convaincra davantage 😉

Cette chronique vous laisse curieux ou vous donne matière à penser que ce roman vous plairait ?
Vous pouvez le trouver sur Amazon, pour 12.99 € au format Kindle (numérique) ou 19 € au format Broché.

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Julie FERRIER
A propos Julie FERRIER 7 Articles
Informaticienne d'étude conduisant des recherches complémentaires en communication et en tribalité, Julie dispense des cours publics dans le supérieur en tant qu'enseignante vacataire ainsi que des cours privés des classes primaires aux classes préparatoires. Elle se définit comme "solutionneuse" et a pour but fondamental de contribuer à une démocratisation de l'accès à la connaissance et au partage de connaissances sans discrimination aucune.

2 Commentaires

  1. Bonjour

    JE suis l’auteur du roman et je trouve votre chronique super et passionnante, et je suis sérieux en le disant. Vos arguments sont pertinents, on est d’accord ou non (thriller ou histoire par exemple), ce n’est pas important, le plus important est votre ressenti sur ce livre et il m’aidera si je veux écrire une suite. (surtout votre avis sur les personnages) Merci pour cette Chronique.

    • Merci à vous de votre confiance et de votre retour !

      J’accorde une énorme importance à être aussi objective que possible mais ça n’est pas toujours évident, surtout sans froisser les gens (il y a un paquet d’auteurs qui n’apprécient pas les critiques qui ne vont pas dans leur sens, malheureusement).

      Si vous écrivez une suite, je la lirai sans nul doute parce que le récit garde un fond tout à fait intéressant et j’aime bien pouvoir laisser une deuxième chance à une histoire de cette manière.

      Encore une fois, merci à vous de votre confiance en m’ayant confié cet écrit.

      Au plaisir !

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